
- Le mariage au Canada relève d’une double compétence fédérale et provinciale : les conditions de fond sont fixées par la Loi fédérale sur le mariage civil (婚姻法), tandis que les cérémonies et l’enregistrement relèvent de chaque province.
- Au Québec, deux voies légales existent : le mariage civil présidé par un notaire (公证员) ou un greffier de la Cour supérieure (高等法院书记官), ou le mariage religieux présidé par un ministre du culte (宗教主礼人) autorisé.
- Avant le mariage, un avis de mariage (结婚公告) de 20 jours doit être publié sur le site du Directeur de l’état civil (DEC) du Québec ; une dispense est possible dans des cas exceptionnels.
- Le mariage doit être enregistré auprès du DEC ; le délai moyen de traitement est de 30 à 40 jours ouvrables ; les frais de certificat de mariage varient de 33,75 $ à 76,75 $ CAD (2026).
- Se marier avec un citoyen canadien ou un résident permanent ne confère pas automatiquement un statut d’immigration ; il faut déposer séparément une demande de parrainage (voir épisode 1).
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I. Pourquoi comprendre « se marier au Canada » est si important
Pour de nombreux nouveaux arrivants originaires de Chine continentale, de Hong Kong ou de Taïwan, le mariage semble être une démarche similaire à celle de leur pays d’origine : trouver un lieu, inviter un officiant, prendre des photos, et le tour est joué. Or, le système juridique canadien en matière de mariage constitue un cadre complexe où s’entrecroisent les lois fédérales et provinciales. Au Québec en particulier, s’y ajoute une tradition civiliste unique qui distingue considérablement le processus de celui des autres provinces à tradition de common law.
Les conséquences d’une mauvaise compréhension de ce système peuvent être très lourdes : certains croient que la cérémonie religieuse célébrée en Chine est automatiquement valide au Canada, d’autres ignorent qu’ils doivent soumettre une déclaration au DEC dans le délai prévu, et d’autres encore pensent à tort qu’en épousant un citoyen canadien, ils obtiennent automatiquement la résidence permanente. Le présent article présente de manière systématique l’ensemble des connaissances juridiques nécessaires pour se marier légalement au Canada (principalement au Québec), afin d’aider les familles immigrantes à éviter les erreurs coûteuses.
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II. Compétences fédérale et provinciale : qui régit quoi ?
Le régime canadien du mariage est encadré par deux niveaux de lois ; comprendre cette distinction est fondamental pour saisir l’ensemble du processus.
Compétence fédérale : capacité matrimoniale (qui peut se marier)
En vertu de l’article 91(26) de la Loi constitutionnelle de 1867, le gouvernement fédéral détient la compétence législative exclusive sur le mariage et le divorce. Concrètement, deux lois fédérales régissent les conditions de fond du mariage :
- La Loi sur les degrés prohibés de mariage (婚姻禁止亲属关系法) (Marriage (Prohibited Degrees) Act) : elle interdit le mariage entre certains parents par le sang ou par alliance et définit les liens qui constituent un « degré prohibé » au sens de la loi.
- La Loi sur le mariage civil (民事婚姻法) (Civil Marriage Act, 2005) : elle établit la définition fondamentale du mariage, exigeant que les parties soient « deux personnes », et clarifie les conditions de capacité dans le contexte de la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. Son article 2.1 dispose : « Le mariage nécessite le consentement libre et éclairé de deux personnes à s’unir. » La loi fixe également l’âge minimum fédéral à 16 ans (suite à la révision de 2015, qui a aboli la possibilité pour des mineurs de se marier avec le consentement parental).
Compétence provinciale : cérémonies (comment se marier)
En vertu de l’article 92(12) de la Loi constitutionnelle de 1867, chaque province et territoire a compétence législative sur la célébration du mariage. Cela comprend : qui peut officier, quelles démarches administratives sont requises avant le mariage, et comment le mariage est enregistré.
En résumé : la loi fédérale détermine « si vous pouvez vous marier », la loi provinciale détermine « comment vous mariez ».
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III. Les deux voies légales pour se marier au Québec
Au Québec, tout mariage valide doit être célébré par un officiant dûment autorisé et enregistré auprès du DEC. Les articles 365 à 374 du Code civil du Québec (魁北克民法典) encadrent les exigences précises de la cérémonie.
| Critère | Mariage civil (voie A) | Mariage religieux (voie B) |
|---|---|---|
| Officiant | Notaire (公证员) ou greffier de la Cour supérieure (高等法院书记官) | Ministre du culte (宗教领袖) autorisé par le DEC |
| Lieu | Étude de notaire, palais de justice ou tout lieu légalement convenu entre les parties | Généralement dans le lieu de culte correspondant (église, mosquée, temple, etc.) |
| Caractère religieux | Aucun contenu religieux ; cérémonie purement juridique | Inclut des rites religieux, mais les exigences légales doivent aussi être respectées |
| Valeur juridique | Pleinement valide | Pleinement valide (à condition que l’officiant soit autorisé par le DEC) |
| Honoraires indicatifs (officiant) | Notaire : environ 500 $ à 700 $ (tarifs Montréal) ; greffier : selon le barème judiciaire | Variable selon les communautés religieuses |
| Dépôt de la déclaration au DEC | Responsabilité de l’officiant | Responsabilité de l’officiant |
| Convient à | Personnes non religieuses, ceux qui préfèrent simplifier la démarche, priorité à l’aspect juridique | Personnes ayant des convictions religieuses, souhaitant réunir rites religieux et légaux |
Point clé : Quelle que soit la voie choisie, toutes les conditions légales doivent être réunies simultanément. La cérémonie religieuse elle-même — aussi solennelle soit-elle — ne produit aucun effet juridique au Canada si l’officiant n’a pas été autorisé par le DEC. Il s’agit de l’une des erreurs les plus fréquentes chez les immigrants (voir section VIII).
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IV. L’avis de mariage : la règle des 20 jours de publication
Au Québec, le mariage doit obligatoirement faire l’objet d’une publication d’avis ; il s’agit d’une exigence légale impérative.
Qu’est-ce qu’un avis de mariage ?
L’avis de mariage ou d’union civile (结婚公告) est un avis public affiché sur le site officiel du Directeur de l’état civil (DEC) du Québec. Son objectif est de permettre à toute personne qui aurait connaissance d’un empêchement légal au mariage (par exemple, l’une des parties est déjà mariée) de s’y opposer.
Le délai d’attente de 20 jours
L’avis doit être affiché publiquement sur le site du DEC pendant au moins 20 jours avant la cérémonie. Autrement dit, un délai complet de 20 jours civils de publication doit s’écouler entre le dépôt de la demande et la tenue du mariage. Les futurs époux devraient soumettre leur demande d’avis à l’officiant au moins 4 à 6 semaines à l’avance afin de laisser suffisamment de temps de traitement.
Comment demander une dispense ?
Les situations suivantes permettent de demander au DEC une dispense du délai de 20 jours :
- L’état de santé d’une des parties est critique et le mariage doit être célébré en urgence
- Les parties peuvent invoquer d’autres motifs suffisants et urgents
La demande de dispense est présentée au DEC par l’officiant ou par les parties elles-mêmes. Le DEC procède à un examen écrit, peut demander un entretien téléphonique et la production de pièces justificatives, et notifie sa décision d’approbation ou de refus par écrit.
Cas d’urgence absolue : Si la situation est si critique — l’une des parties étant en danger de mort — qu’il est impossible d’attendre la décision du DEC sur la dispense, l’officiant peut lui-même accorder la dispense, à condition de fournir simultanément une explication écrite au DEC jointe à la déclaration de mariage.
À noter : le Québec n’a pas de « licence de mariage »
Contrairement aux autres provinces canadiennes (comme l’Ontario ou la Colombie-Britannique), le Québec ne délivre pas de licence de mariage (marriage license / permis de mariage). Dans les autres provinces, la démarche prématrimoniale consiste pour les parties à se rendre en personne à la mairie ou à un organisme provincial pour demander une licence de mariage, valable généralement 90 jours à 3 mois. Au Québec, la démarche équivalente consiste pour l’officiant à demander au DEC la publication de l’avis de mariage — une logique foncièrement différente.
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V. Conditions légales de fond : avez-vous la capacité matrimoniale ?
Voici les conditions de capacité matrimoniale fixées par la loi fédérale canadienne (applicables sur tout le territoire, y compris au Québec) :
1. Condition d’âge
- Âge minimum fédéral : 16 ans (Loi sur le mariage civil, version révisée 2015)
- Code civil du Québec : en règle générale, 18 ans (âge de la majorité) ; les mineurs peuvent dans certains cas obtenir une autorisation judiciaire
- Recommandation pratique : si l’une des parties a moins de 18 ans, consulter un avis juridique professionnel
2. Absence de mariage subsistant
- Au moment de la demande, aucune des deux parties ne doit avoir un mariage valide non dissous (y compris les mariages contractés à l’étranger)
- La bigamie (重婚) est une infraction criminelle au Canada, passible d’une peine maximale de 5 ans d’emprisonnement
- Les personnes divorcées doivent fournir un jugement de divorce valide
3. Absence de lien de parenté prohibé
- La Loi sur les degrés prohibés de mariage interdit le mariage entre ascendants et descendants en ligne directe (parents et enfants), ainsi qu’entre frères et soeurs
- Certains liens par alliance peuvent également être prohibés, mais la loi autorise le mariage entre cousins (contrairement à certains autres pays)
4. Consentement libre et éclairé
- Le mariage doit résulter de la volonté authentique des deux parties, sans contrainte, coercition ni tromperie
- Toute personne dont l’état mental ne lui permet pas de comprendre la nature du mariage est réputée incapable de consentir valablement
5. Exigences relatives à l’identité
- Chaque partie doit présenter à l’officiant deux pièces d’identité (dont une avec photo)
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VI. Le mariage entre personnes de même sexe au Canada : pleine égalité juridique
Le Canada est l’un des premiers pays au monde à avoir légalisé le mariage entre personnes de même sexe à l’échelle nationale. En juillet 2005, la Loi sur le mariage civil est entrée en vigueur, conférant au mariage entre personnes de même sexe exactement les mêmes effets juridiques que le mariage hétérosexuel sur l’ensemble du territoire.
Pour la communauté immigrante, les points suivants méritent attention :
- Les conjoints de même sexe mariés au Canada jouissent de tous les mêmes droits juridiques que les couples hétérosexuels, notamment la division des biens, les droits successoraux et le pouvoir décisionnel en matière médicale.
- Un conjoint de même sexe peut également parrainer son partenaire pour la résidence permanente dans le cadre du regroupement familial.
- Le Québec reconnaît également l’union civile (民事结合), un cadre juridique similaire au mariage applicable aux couples de même sexe, mais dont la dissolution suit des règles légèrement différentes de celles du mariage.
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VII. Enregistrement du mariage auprès du DEC : procédure et délais
Après la cérémonie, l’officiant est responsable de soumettre la déclaration de mariage au Directeur de l’état civil (DEC) du Québec. Cette étape est indispensable pour que le mariage soit officiellement inscrit au Registre de l’état civil (省级民事登记册) de la province.
Procédure d’enregistrement
- Le jour du mariage ou après : l’officiant remplit la déclaration de mariage (Déclaration de mariage), signée par les deux époux et deux témoins.
- Dépôt au DEC : l’officiant transmet la déclaration et les pièces jointes au DEC (par courrier ou voie électronique).
- Traitement par le DEC : le DEC inscrit les informations sur le mariage au Registre de l’état civil. En fonction de la charge de travail actuelle (2026), le délai moyen de traitement est de 30 à 40 jours ouvrables (soit environ 6 à 8 semaines).
- Demande de certificat de mariage : une fois l’enregistrement effectué, les époux peuvent demander un certificat de mariage (Certificat de mariage) ou une copie d’acte de mariage via le service DEClic! sur le site du DEC.
Frais de certificat de mariage en 2026
| Type de document | Mode de demande | Fourchette de frais (2026) |
|---|---|---|
| Certificat de mariage (结婚证书) | Traitement régulier, demande en ligne | Environ 33,75 $ |
| Certificat de mariage (结婚证书) | Traitement urgent, livraison par messagerie | Environ 76,75 $ |
| Copie d’acte de mariage (婚姻公证书) | Traitement régulier, demande en ligne | Environ 43,25 $ |
| Copie d’acte de mariage (婚姻公证书) | Traitement urgent, livraison par messagerie | Environ 76,00 $ |
Conseil pratique : Le DEC a mis à jour son système en avril 2026. Les utilisateurs qui soumettaient des demandes via clicSÉQUR doivent noter que toutes les déclarations non finalisées avant le 2 avril 2026 doivent être relancées via le nouveau Service d’authentification gouvernementale (Government Authentication Service).
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VIII. Les cinq erreurs juridiques les plus fréquentes chez les immigrants
L’Équipe de recherche juridique SiLaw (思络法律研究团队), à travers l’étude de dossiers de mariage présentés par des immigrants, a recensé les erreurs les plus courantes :
Erreur n° 1 : Croire que la cérémonie religieuse célébrée en Chine est automatiquement valide au Canada
Il s’agit de l’erreur la plus fréquente. Un mariage enregistré à l’état civil en Chine (婚姻) est généralement reconnu au Canada ; en revanche, si seule une cérémonie folklorique traditionnelle (comme un banquet de mariage chinois) ou une cérémonie religieuse a été célébrée (par exemple, une bénédiction à l’église sans enregistrement auprès de l’état civil chinois), ce mariage ne sera pas considéré comme valide au sens du droit canadien. Pour vérifier si un mariage étranger est reconnu au Canada, consultez un avocat spécialisé (voir épisode 2 : reconnaissance des mariages transnationaux).
Erreur n° 2 : Croire que le nom de famille change automatiquement après le mariage
Au Québec, le nom de famille ne change pas automatiquement après le mariage. L’article 393 du Code civil du Québec dispose expressément que chaque époux conserve son nom de naissance et exerce ses droits civils sous ce nom. Cela diffère de la pratique en vigueur dans d’autres provinces canadiennes (comme l’Ontario). Si vous souhaitez utiliser le nom de votre conjoint, vous devez en faire la demande auprès du DEC, et cette demande n’est accordée que dans des circonstances particulières (par exemple, si le nom est difficile à prononcer ou à écrire, cause des situations gênantes, ou affecte l’identité dans un pays étranger).
Erreur n° 3 : Ne pas obtenir rapidement une traduction certifiée du certificat de mariage
Pour les démarches de changement de nom sur le passeport, de parrainage à l’immigration, ou de modification du statut fiscal, les organismes concernés exigent généralement la production d’un certificat de mariage avec traduction certifiée. Beaucoup de personnes n’y pensent que plusieurs mois après la cérémonie, ce qui entraîne des délais inutiles. Il est conseillé, dès l’enregistrement au DEC effectué, de demander immédiatement le certificat officiel de mariage et de faire appel à un traducteur agréé.
Erreur n° 4 : Croire que le mariage confère immédiatement un statut d’immigration
Se marier avec un citoyen canadien ou un résident permanent ne vous confère automatiquement aucun statut d’immigration ni droit de séjour. Vous devez toujours déposer formellement une demande de parrainage au titre du regroupement familial (Regroupement familial / Family Sponsorship) auprès d’IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada). Au 31 mars 2026, le délai de traitement pour un parrainage de conjoint au Canada (cas intérieur, hors Québec) est d’environ 15 mois, et d’environ 35 à 36 mois pour le Québec (en raison d’une étape supplémentaire d’approbation provinciale, et parce que les quotas d’engagements du MIFI ont récemment atteint leur plafond). Le sujet est traité en détail dans l’épisode 1 de la série (parrainage de conjoint).
Erreur n° 5 : Négliger les mises à jour administratives après le mariage
De nombreuses démarches administratives doivent être effectuées après le mariage ; beaucoup de personnes les retardent par méconnaissance des procédures, engendrant des incohérences entre leurs différents documents d’identité. Voir la liste de contrôle administrative à la section IX ci-dessous.
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IX. Liste de contrôle des mises à jour administratives après le mariage au Québec
| Démarche | Organisme responsable | Documents requis | Remarques |
|---|---|---|---|
| Changement de nom (le cas échéant) | DEC (changement de nom) | Formulaire de demande + pièces justificatives | Le nom ne change pas automatiquement au Québec après le mariage ; conditions spécifiques à remplir |
| Mise à jour du NAS (numéro d’assurance sociale) | Service Canada | Certificat de mariage + acte de naissance | Gratuit ; si aucun changement de nom, le NAS lui-même n’a pas besoin d’être modifié, mais le dossier peut être mis à jour |
| Renouvellement du passeport | Programme de passeport d’IRCC | Formulaire de demande + certificat de mariage + ancien passeport | Un changement de nom nécessite un nouveau passeport ; si aucun changement, aucune obligation immédiate |
| Mise à jour de la carte RAMQ | Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) | Certificat de mariage + carte RAMQ actuelle | Mise à jour requise en cas de changement de nom ; le mariage lui-même n’affecte pas le droit à la RAMQ |
| Mise à jour du permis de conduire (SAAQ) | SAAQ (Société de l’assurance automobile du Québec) | Certificat de changement de nom + permis de conduire actuel | La mise à jour en cas de changement de nom se fait en personne à la SAAQ ; frais d’environ 17,40 $ |
| Informations bancaires | Chaque établissement bancaire | Certificat de mariage + pièce d’identité | Désignation de bénéficiaire possible avant le mariage ; informations à mettre à jour après le mariage |
| Statut fiscal | ARC (Agence du revenu du Canada) + Revenu Québec | Aucun certificat à déposer, mais le statut matrimonial doit être mis à jour lors de la déclaration annuelle de revenus | Le statut matrimonial influe sur le calcul de l’Allocation canadienne pour enfants, du crédit TPS/TVH, et d’autres prestations |
| Documents liés au statut d’immigration | IRCC | Selon la catégorie de statut | Les titulaires d’un permis de travail ou d’études doivent notifier IRCC du changement de situation matrimoniale ; les résidents permanents mettent à jour les informations de leur carte de RP |
| Testament et désignation de bénéficiaire | Notaire ou avocat | — | Le testament existant doit être revu après le mariage ; au Québec, le mariage ne révoque pas automatiquement un testament antérieur (voir la série sur les successions) |
Rappel important : Si vous ne changez pas de nom, la plupart des documents n’ont pas besoin d’être renouvelés du seul fait du mariage, mais le statut fiscal et la désignation de bénéficiaire doivent être mis à jour rapidement.
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X. Mariage et statut d’immigration : la leçon la plus importante
C’est le point que cet article tient le plus à souligner, et le domaine où les malentendus sont les plus profondément ancrés au sein de la communauté immigrante.
Se marier n’équivaut pas à obtenir automatiquement un statut d’immigration
Que vous épousiez un citoyen canadien ou un résident permanent, ce seul fait ne vous confère aucun droit de séjour ni aucun permis de travail. Vous conservez votre statut d’immigration antérieur (par exemple, visa de visiteur, permis d’études ou permis de travail) ; le mariage ne modifie rien à cet état de fait.
La procédure de parrainage du conjoint est obligatoire
Si vous souhaitez obtenir la résidence permanente par le biais du mariage, votre conjoint citoyen canadien ou résident permanent doit déposer formellement auprès d’IRCC une demande de parrainage au titre du regroupement familial (Regroupement familial / Family Sponsorship). Voici les données les plus récentes pour 2026 :
- Cas intérieur (Inland) : conjoint se trouvant au Canada, délai de traitement d’environ 15 mois (environ 35 à 36 mois pour le Québec)
- Cas extérieur (Outland) : conjoint se trouvant à l’étranger, délai de traitement d’environ 21 mois
- Frais gouvernementaux : total d’environ 1 775 $ CAD (dont 75 $ de frais de parrainage, 1 040 $ de frais de traitement de la demande principale, 575 $ pour le droit de résidence permanente, et 85 $ pour les données biométriques)
- Étape supplémentaire au Québec : les demandes dont la destination est le Québec doivent également passer par une étape d’approbation provinciale auprès du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), et nécessitent l’obtention d’un engagement provincial (Undertaking / 承诺书). Au premier semestre 2026, le MIFI a atteint son quota d’engagements et a suspendu la réception des demandes jusqu’au 25 juin 2026.
Pendant le traitement de la demande de parrainage en cas intérieur, le conjoint peut simultanément demander un permis de travail ouvert pour conjoint (Spousal Open Work Permit), ce qui lui permet de travailler légalement pendant la période de traitement.
Pour une analyse complète de ce sujet, consultez l’épisode 1 de cette série : Guide complet du parrainage de conjoint.
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XI. Le contrat de mariage : ce que vous devez savoir avant de vous marier
Au Québec, le mariage déclenche automatiquement l’application d’un régime matrimonial (婚姻财产制度). À défaut de convention préalable, le régime légal par défaut est la société d’acquêts (夫妻财产合伙制) prévue par le Code civil du Québec ; cela signifie que la plupart des biens acquis pendant le mariage doivent être partagés à parts égales en cas de divorce.
Nombreux sont les immigrants originaires de Chine continentale qui ignorent ce régime, croyant que les biens acquis après le mariage restent séparés au Canada — c’est précisément le contraire.
Si vous souhaitez adopter un régime de répartition des biens différent (par exemple, préserver l’indépendance des biens prématrimoniaux respectifs, ou opter pour la séparation de biens), vous devez signer un contrat de mariage (婚前协议) chez un notaire avant la cérémonie. Il est également possible de modifier le régime matrimonial après le mariage, mais la procédure est plus complexe et requiert une autorisation judiciaire.
Pour le détail du contrat de mariage, consultez l’épisode 4 de cette série : Contrat de mariage et conventions matrimoniales.
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XII. Foire aux questions (FAQ)
Q1 : J’ai enregistré mon mariage en Chine et j’immigre maintenant au Québec. Ce mariage est-il valide au Canada ?
En règle générale, un mariage légalement enregistré auprès de l’état civil chinois est reconnu au Canada, à condition qu’il ait été valablement contracté selon le droit chinois et qu’il ne contrevienne pas aux dispositions impératives de la loi fédérale canadienne (comme l’interdiction du mariage entre proches parents). Il est toutefois recommandé de prouver l’existence du mariage au moyen d’un certificat de mariage chinois avec traduction certifiée, et de consulter un avocat pour confirmer sa valeur probante dans une procédure juridique précise. Voir l’épisode 2 pour les détails.
Q2 : Mon conjoint et moi ne sommes pas résidents canadiens. Pouvons-nous nous marier au Québec ?
Oui. L’article 5 de la Loi fédérale sur le mariage civil dispose que pour un mariage célébré au Canada, la capacité des parties doit satisfaire aux exigences de la loi fédérale ; aucune restriction de nationalité ou de statut de résidence n’est prévue. Vous pouvez venir vous marier au Canada en tant que touristes, à condition de respecter les exigences procédurales du Québec (y compris le délai de 20 jours de l’avis). À noter : le mariage lui-même ne prolonge en aucun cas votre visa.
Q3 : Le délai de 20 jours de l’avis de mariage est-il calculé en jours civils consécutifs ou en jours ouvrables ?
En jours civils consécutifs (20 jours civils), et non en jours ouvrables. L’avis doit rester affiché publiquement sur le site du DEC pendant 20 jours entiers avant que la cérémonie puisse avoir lieu.
Q4 : Au Québec, quels sont les droits successoraux de mon conjoint après le mariage ?
Le régime matrimonial québécois a d’importantes incidences sur les droits successoraux. En l’absence de testament, le conjoint bénéficie des droits légaux à la succession ; mais les règles québécoises de dévolution successorale ab intestat diffèrent de celles des autres provinces. De plus, le régime matrimonial (société d’acquêts ou séparation de biens) influe directement sur la répartition des actifs lors de la dissolution du mariage (y compris au décès). Il est recommandé de mettre à jour le testament et la désignation de bénéficiaire dès après le mariage, et de consulter un notaire pour une planification professionnelle.
Q5 : Je suis au Québec avec un visa de visiteur. Puis-je me marier pendant la validité de mon visa et rester immédiatement au Canada ?
Le mariage lui-même ne pose aucun obstacle juridique, mais le mariage ne prolonge pas votre visa et ne vous donne pas le droit de rester. Une fois votre visa de visiteur expiré, vous devez quitter le territoire conformément à la loi, sauf si vous disposez d’une autre base légale pour rester (par exemple, si une demande de parrainage de conjoint en cas intérieur a été déposée). Si votre conjoint est citoyen canadien ou résident permanent, vous pouvez, après le mariage, déposer une demande de parrainage intérieur et demander simultanément un permis de travail suggéré, mais vous devrez généralement maintenir un statut légal pendant la période de traitement. Il est vivement conseillé de consulter un avocat spécialisé en immigration avant toute démarche.
Q6 : Un mariage religieux nécessite-t-il un enregistrement distinct ?
Non, aucun enregistrement séparé n’est nécessaire. L’officiant religieux autorisé par le DEC est légalement tenu de soumettre la déclaration de mariage au DEC après la cérémonie. La cérémonie religieuse et l’enregistrement légal sont accomplis simultanément par l’intermédiaire de l’officiant. Il vous suffit de demander votre certificat de mariage au DEC après la célébration.
Q7 : Au Québec, un mariage célébré par un notaire a-t-il plus de valeur juridique que celui officié par d’autres personnes autorisées ?
Non, la valeur juridique est strictement identique. L’avantage de choisir un notaire tient au fait que ce professionnel du droit peut, avant et après le mariage, traiter conjointement le contrat de mariage, la planification patrimoniale et autres questions juridiques, offrant un service « tout en un ». Le mariage célébré par un greffier (greffier de la Cour supérieure) est généralement plus sobre ; les honoraires sont fixés par le barème officiel.
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XIII. Références légales et sources citées
- Loi sur le mariage civil (Civil Marriage Act, LC 2005, c. 33) — laws-lois.justice.gc.ca
- Loi sur les degrés prohibés de mariage (Marriage (Prohibited Degrees) Act, LRC 1985, c. 4)
- Code civil du Québec, art. 365 à 378 (conditions et cérémonies du mariage), art. 393 (conservation du nom)
- Directeur de l’état civil du Québec (DEC) — site officiel etatcivil.gouv.qc.ca
- DEC — Frais de mariage et d’union civile Coûts du mariage
- DEC — Publication de l’avis de mariage Publication d’un avis
- DEC — Demande et frais de certificats et copies Certificats et copies
- Gouvernement du Québec — Conditions requises pour les officiants Officiants autorisés
- Chambre des notaires du Québec (CNQ) — Conditions pour officier un mariage FAQ CNQ
- IRCC — Parrainage de conjoint canada.ca
- Gouvernement du Québec — Politique sur le nom après le mariage Nom après le mariage au Québec
- DEC — Guide à l’intention des officiants (révisé décembre 2025) Guide des officiants (PDF)
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Le présent article a été préparé par l’Équipe de recherche juridique SiLaw à titre d’information générale uniquement ; il ne constitue pas un avis juridique et ne crée aucune relation avocat-client. Les questions juridiques liées au mariage varient selon la situation personnelle de chacun ; il est recommandé de consulter un avocat ou un notaire autorisé avant d’entreprendre toute démarche juridique.
Besoin d’une consultation juridique spécialisée en droit du mariage ?
Que ce soit pour un contrat de mariage, la reconnaissance d’un mariage transnational, ou toute autre question juridique liée aux démarches matrimoniales, l’équipe de SiLaw est à votre disposition.
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