Préfinancer le dernier impôt pour les familles HNW : assurance, fiducies et sociétés

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Préfinancer le dernier impôt avec assurance fiducie société 2026

Résumé IA : Trois outils pour préfinancer le « dernier impôt » des familles à valeur nette élevée

Le Canada n’a pas d’« impôt successoral » officiel, mais la combinaison disposition réputée + homologation provinciale entraîne, au moment du décès des parents, un véritable « dernier impôt » d’environ 400 000 à 600 000 CAD. Trois outils permettent de régler la note à l’avance : 1. l’assurance vie permanente (conjointe au dernier décès) transforme le choc fiscal ponctuel en primes prévisibles à long terme ; 2. le gel successoral + la fiducie familiale verrouille la croissance future au niveau des enfants ; 3. la société de portefeuille (Holdco) + l’assurance vie détenue par société + le Compte de dividendes en capital (CDC) permet à la prestation de décès de transiter vers les enfants sous forme de dividende en capital libre d’impôt. Les trois outils sont généralement combinés, afin d’éviter que les enfants soient contraints de « brader la propriété » pour payer le fisc.

Conclusion centrale

Le Canada n’a pas d’« impôt successoral » formel (estate tax), mais trois éléments cumulés produisent, au décès des parents, un véritable « dernier impôt » (the final tax) :

  1. Disposition réputée au décès (deemed disposition at death) : le jour du décès des parents, les biens immobiliers canadiens sont réputés « vendus » à la juste valeur marchande (JVM), ce qui déclenche un impôt sur les gains en capital sur la plus-value accumulée.
  2. Frais d’homologation provinciaux / impôt sur l’administration des successions (probate / Estate Administration Tax) : l’Ontario prélève 1,5 % sur la valeur successorale excédant 50 000 $ ; la Colombie-Britannique prélève 1,4 % sur la valeur excédant 50 000 $.
  3. Taux d’inclusion des gains en capital — état le plus récent en 2026 : le projet initial de relèvement à 2/3 prévu pour le 25 juin 2024 a été officiellement annulé par le gouvernement fédéral le 21 mars 2025 ; l’ARC a rétabli l’administration au taux unique de 50 %. Autrement dit, pour une disposition réputée à un décès survenant en 2026, la totalité s’inclut à 50 %, sans la structure à deux paliers (« premiers 250 000 $ / partie excédentaire »).

Pour une famille disposant en Chine d’un patrimoine de plusieurs dizaines de millions de RMB, détenant au Canada un immeuble de placement et prévoyant le transmettre à des enfants résidant au Canada, le « dernier impôt » se situe généralement entre 400 000 et 600 000 CAD. À défaut de planification anticipée, les enfants risquent fortement d’être contraints de brader la propriété pour payer le fisc.

Les trois outils centraux abordés dans ce billet sont : l’assurance vie permanente (régler la facture à l’avance), la fiducie familiale + le gel successoral (verrouiller la croissance future au niveau des enfants), et la société de portefeuille détenant des immeubles de placement (adaptée aux immeubles purement locatifs, inadaptée à la résidence principale). Les trois outils sont habituellement combinés.

I. Comment se calcule le « dernier impôt » — confirmation des règles 2026

1. Taux d’inclusion des gains en capital : la structure à deux paliers a été annulée

Période Règle État réel
Avant le 25 juin 2024 Inclusion unique à 50 % En vigueur normalement
Initialement prévu à compter du 2024-06-25 Particuliers : premiers 250 000 $ à 50 %, excédent à 2/3 ; sociétés et la plupart des fiducies : intégralité à 2/3 Reporté → puis annulé
Réalité 2025-2026 Inclusion unique à 50 % Rétabli

Conclusion clé : à la rédaction de ce billet (avril 2026), tout le pays applique encore l’inclusion unique à 50 %. La structure à deux paliers (premiers 250 000 $ à 50 % / excédent à 66,67 %), bien qu’ayant alimenté les médias pendant plus d’un an, n’est jamais entrée en vigueur. Pour calculer le « dernier impôt », les lecteurs doivent uniformément retenir 50 %.

Note : si un futur gouvernement repropose une hausse, l’orientation de ce cadre demeure inchangée (l’assurance et les fiducies restent utiles), mais les chiffres augmenteront d’environ un tiers — c’est précisément pourquoi la souscription anticipée d’une assurance prend encore plus de valeur.

2. Disposition réputée + roulement entre conjoints

  • Le jour du décès, tous les biens en immobilisation non destinés à l’habitation principale (immeubles de placement, actions, parts de société privée) sont réputés « vendus une fois » à la juste valeur marchande.
  • Roulement entre conjoints (spousal rollover) : possibilité de transférer au prix de base rajusté (PBR) au conjoint survivant ou à une fiducie au profit du conjoint admissible, ce qui permet un report jusqu’au décès du conjoint. Le véritable gros impôt se déclenche donc généralement au décès du second conjoint.
  • L’Exemption pour résidence principale (ERP) demeure applicable : la portion résidence principale est généralement exonérée.

3. Frais d’homologation (probate / EAT)

Province Seuil Taux Exemple sur un bien de 2 500 000 $
Ontario — EAT Premiers 50 000 $ exonérés Excédent au-delà de 50 000 $ à 1,5 % ≈ 36 750 $
Colombie-Britannique Premiers 25 000 $ exonérés 25 000 $ – 50 000 $ : 0,6 % ; 50 000 $ et plus : 1,4 % ≈ 34 650 $
Québec Pas de frais d’homologation (les testaments notariés ne nécessitent aucun probate) 0 $

Astuces de réduction : la copropriété avec gain de survie (joint tenancy with right of survivorship) et la désignation directe d’un bénéficiaire d’assurance permettent à ces actifs de contourner l’homologation — mais cela n’épargne que l’EAT, et nullement l’impôt sur les gains en capital de la disposition réputée. Les deux questions doivent être traitées séparément.

II. Assurance vie permanente : régler la facture du « dernier impôt » à l’avance

1. Mécanisme central

Article 148 de la Loi de l’impôt sur le revenu du Canada : la prestation de décès (death benefit) d’une assurance vie est entièrement libre d’impôt pour les bénéficiaires. Il s’agit de l’un des rares flux de trésorerie que l’ARC ne traite pas comme un « revenu imposable ».

Après avoir estimé la facture fiscale de l’année du décès des parents (disposition réputée + EAT + impôt à payer dans la déclaration finale), on souscrit une assurance vie permanente (whole life ou universal life) avec un capital assuré proche de ce montant, en payant la prime sur 20 à 30 ans, ce qui revient essentiellement à répartir un choc fiscal ponctuel en flux de trésorerie prévisibles à long terme.

2. Trois choix de structure

  • Police individuelle (single life) : couvre le père ou la mère seul ; date du règlement incertaine, mais souple.
  • Police conjointe au dernier décès (joint last-to-die) : couvre les deux conjoints, et la prestation est versée au décès du dernier survivant ; la prime est environ 30 à 40 % moins chère que deux polices individuelles. C’est la structure dominante pour préfinancer le « dernier impôt » — puisque, après le roulement entre conjoints, le gros impôt est précisément déclenché au décès du second conjoint.
  • Police détenue par société + Compte de dividendes en capital (CDC) : voir la section IV ci-dessous.

3. Désignation des bénéficiaires : désignation directe vs versement à la succession

  • Désignation directe des enfants comme bénéficiaires : la prestation contourne l’homologation et n’entre pas dans l’assiette de l’EAT ; toutefois, une fois l’argent reçu, les enfants n’ont aucune obligation de l’utiliser pour acquitter les impôts de la succession.
  • Désignation de la succession (estate) comme bénéficiaire : la prestation entre dans la succession, l’exécuteur testamentaire l’utilise pour acquitter les impôts puis répartir le solde ; elle entre dans l’assiette de l’EAT (la C.-B. et l’Ontario en prélèvent 1,4 % – 1,5 %).
  • Pratique professionnelle : on désigne généralement les enfants ou le conjoint, mais on l’assortit d’une clause testamentaire précisant l’usage des sommes reçues (par exemple « affectées au paiement des dettes fiscales successorales, le solde tenant lieu d’héritage »), avec encadrement par une fiducie testamentaire.

4. Points de vigilance

  • Âge à la souscription : l’assurance vie permanente est généralement assurable jusqu’à 70-75 ans ; au-delà, les primes explosent ou la souscription est refusée ; à 80 ans et plus, les solutions sont quasi inexistantes. Plus on souscrit tôt, moins c’est cher — point particulièrement crucial pour les parents chinois âgés d’un peu plus de 60 ans.
  • Ordre de grandeur des primes : pour un couple de 60 ans, police conjointe au dernier décès, capital de 500 000 $, primes payables sur 20 ans, la prime annuelle se situe entre 12 000 et 18 000 CAD environ (selon l’état de santé et la compagnie). Sur 20 ans, l’investissement total est de 240 000 à 360 000 $ → en échange d’une prestation libre d’impôt de 500 000 $ et d’une accumulation de valeur de rachat.
  • Ce n’est pas un outil d’évasion fiscale : l’assurance ne fait que préparer à l’avance, sous forme de flux de trésorerie libre d’impôt, l’argent destiné à payer un événement imposable ; elle ne réduit pas d’un sou la disposition réputée elle-même.
  • Risques familiaux / créanciers : la désignation directe d’un bénéficiaire contourne l’homologation, mais si l’enfant est en instance de divorce ou en litige, la prestation peut être partagée ou saisie — il faut alors recourir à une fiducie en tampon.

III. Fiducie familiale + gel successoral (estate freeze)

1. Fiducie familiale entre vifs (inter vivos trust) + gel successoral

Objectif : verrouiller la valeur actuelle des actifs de placement détenus par les parents (immeubles de placement ou actions de Holdco détenant ces immeubles), de sorte que la croissance future reste dans la fiducie et revienne aux enfants.

Opération typique :

  1. Les parents apportent l’immeuble de placement à une société de portefeuille (Holdco), en échange d’actions privilégiées à valeur fixe correspondant à la valeur courante.
  2. La Holdco émet de nouvelles actions ordinaires au profit d’une fiducie familiale (les bénéficiaires sont généralement le conjoint, les enfants, les petits-enfants et, parfois, les parents eux-mêmes).
  3. Au décès des parents, la disposition réputée ne porte que sur la portion de valeur déjà gelée dans les actions privilégiées — verrouillée à la valeur du jour du gel.
  4. L’appréciation future de l’immeuble passe par les actions ordinaires de la Holdco et reste dans la fiducie familiale, le fiduciaire la distribuant aux enfants au gré des besoins.

Avantages :

  • Le « dernier impôt » au niveau des parents est figé à la valeur du jour du gel et ne suit plus la hausse future des prix de l’immobilier.
  • La fiducie offre une grande souplesse de distribution (le fiduciaire détermine quelle année et quel bénéficiaire reçoit combien).
  • Cette structure peut ensuite être combinée avec l’assurance, le CDC et d’autres outils pour des optimisations supplémentaires.

2. Règle des 21 ans — le « dernier impôt » de la fiducie elle-même

La plupart des fiducies personnelles canadiennes (family trust, testamentary trust, mais excluant alter ego trust, joint partner trust, fiducie au profit du conjoint admissible) sont assujetties à la règle des 21 ans : tous les 21 ans, leurs biens en immobilisation sont réputés disposés à la juste valeur marchande, ce qui déclenche un impôt sur les gains en capital.

Stratégies de réponse :

  • Avant que la fiducie n’atteigne 21 ans, distribuer (rollout) les actifs aux bénéficiaires résidents canadiens (transfert au PBR sans impôt immédiat), qui les conservent ensuite.
  • Noter qu’en 2025, le budget fédéral propose d’élargir les règles anti-évitement entre fiducies, afin de couvrir les transferts indirects entre fiducies ; en 2026, il faut continuer de surveiller les directives les plus récentes de l’ARC.

3. Fiducie testamentaire + Succession assujettie à l’imposition à taux progressifs (SAITP / Graduated Rate Estate, GRE)

  • Fiducie au profit du conjoint admissible : au décès, on transfère l’immeuble par roulement à une fiducie au profit du conjoint admissible, ce qui reporte l’imposition jusqu’au décès du conjoint, avec un effet proche d’un roulement direct, mais en y ajoutant une couche de protection et de souplesse de distribution.
  • SAITP / Graduated Rate Estate (GRE) : pendant les 36 premiers mois suivant le décès, la succession peut profiter de taux progressifs de type personnel ; il s’agit de l’une des rares fiducies pouvant encore bénéficier de taux progressifs. Combinée au crédit pour dons de bienfaisance et au report de pertes en capital, elle peut réduire significativement la charge fiscale de la déclaration finale.
    • Pour les décès survenus après le 11 août 2024 : les pertes en capital nettes d’une SAITP, dans n’importe laquelle de ses 36 mois, peuvent être reportées rétrospectivement à la déclaration finale.
    • Depuis 2024, la SAITP est exonérée de l’impôt minimum de remplacement (IMR / AMT).

4. Déclaration T3 des fiducies nues (bare trust) — état le plus récent en 2026

  • Années d’imposition 2024 et 2025 : l’ARC n’exige pas, à titre transitoire, que la grande majorité des fiducies nues produisent un T3 + l’annexe 15.
  • Le projet de loi C-15 adopté en mars 2026 a redéfini la fiducie nue et institué des exonérations : pour les fiducies nues dont l’année se termine le 31 décembre 2026 ou après, la déclaration est en principe requise ; toutefois, sont exonérées les situations suivantes :
    • tous les bénéficiaires sont également les détenteurs légaux (par exemple, parents et enfants détenant en copropriété la résidence principale) ;
    • la fiducie a une durée d’existence inférieure à 3 mois ;
    • la juste valeur marchande des actifs ≤ 50 000 $ et les actifs ne comprennent que de la trésorerie, des obligations gouvernementales ou des titres cotés.
  • Pour l’arrangement courant entre des parents en Chine et leurs enfants au Canada détenant des immeubles en copropriété, à compter de l’année d’imposition 2026, il faudra examiner cas par cas l’obligation de déclarer.

5. Avertissement sur les règles d’attribution (attribution rules)

  • Si les parents « prêtent / donnent » des sommes à la fiducie afin de générer du revenu, et que parmi les bénéficiaires figurent des enfants mineurs, alors les loyers, les intérêts et les dividendes seront attribués aux parents aux fins de l’impôt.
  • Les gains en capital ne sont pas attribués — c’est le mécanisme central qui permet de laisser « l’appréciation future » aux enfants.
  • Pour les enfants majeurs (18 ans et plus) bénéficiaires, les règles d’attribution ne s’appliquent généralement pas.

IV. Société de portefeuille détenant des immeubles de placement + assurance vie détenue par société (CDC)

1. Quand utiliser une Holdco pour détenir l’immobilier ?

  • Convient : aux propriétés purement de placement et locatives (multilogements, immobilier commercial).
  • Ne convient pas : aux résidences principales, chalets et autres biens à usage personnel.
    • Une société détenant la résidence principale → l’Exemption pour résidence principale (ERP) est totalement perdue ;
    • L’utilisation par les actionnaires et leur famille du bien de la société oblige à constater chaque année un avantage imposable de l’actionnaire, calculé selon le loyer juste ou un rendement raisonnable (paragraphe 15(1)) ;
    • À la revente, on subit en outre une double imposition (gain en capital au niveau de la société + impôt sur les dividendes à la distribution aux actionnaires), et les avantages imposables des années passées ne peuvent pas être ajoutés au PBR en compensation.

2. Seuils 50 000 $ / 150 000 $ de revenu passif

La déduction pour petites entreprises (DPE / SBD) d’une SPCC (société privée sous contrôle canadien) commence à se réduire dès que le revenu de placement passif rajusté (AAII) dépasse 50 000 $ : chaque dollar supplémentaire réduit le plafond de DPE de 5 $, jusqu’à atteindre zéro à 150 000 $.

Effet réel sur une Holdco immobilière :

  • Les revenus locatifs sont, dans la plupart des cas, qualifiés de revenus d’entreprise de placement déterminée (specified investment business) et ne profitent déjà pas du taux réduit de la DPE.
  • Ce seuil affecte donc principalement la combinaison « OpCo + Holdco » : le revenu passif de la Holdco immobilière remonte et grignote la DPE de l’OpCo.
  • Si la famille n’a qu’une Holdco immobilière, sans société d’exploitation, l’impact du seuil est limité — mais il faut savoir que le revenu passif de la Holdco est imposé au taux général de société (fédéral + provincial cumulés, environ 50 % – 54 %), avec une seconde couche d’impôt sur les dividendes lors du retour à l’individu.

3. Assurance détenue par société + Compte de dividendes en capital (CDC)

Mécanisme :

  • La société est titulaire et bénéficiaire de la police d’assurance vie ; elle paie périodiquement les primes.
  • Au décès des parents, la société reçoit une prestation de décès de X $, entièrement libre d’impôt au niveau de la société.
  • La différence entre la prestation et le prix de base rajusté (PBR) de la police entre dans le Compte de dividendes en capital (CDC) de la société.
  • La société verse depuis le CDC un dividende en capital (capital dividend) aux actionnaires (héritiers) — entièrement libre d’impôt.

Exemple :

Capital assuré : 1 000 000 $, PBR de la police au décès = 150 000 $
Montant ajouté au CDC = 1 000 000 $ − 150 000 $ = 850 000 $
Ces 850 000 $ sont versés aux enfants actionnaires sous forme de dividende en capital, libre d'impôt au niveau personnel des enfants

Cas d’application : les parents détiennent leurs immeubles locatifs au moyen d’une Holdco et doivent prévoir, au moment de leur décès, l’argent destiné à payer l’impôt sur la croissance interne de la Holdco (gain en capital sur la disposition réputée des actions de la Holdco + gain en capital au niveau de l’immeuble). L’assurance vie détenue par société fournit à la fois la liquidité à la Holdco et achemine la prestation aux enfants en franchise d’impôt.

4. Article 84.1 + Projets de loi C-208 / C-59 — Repères

L’article 84.1 vise à empêcher le « dépouillement de surplus » lors d’un transfert intergénérationnel (surplus stripping). Le projet de loi C-208 (en vigueur depuis 2021) a assoupli les règles applicables aux transferts intergénérationnels d’entreprises familiales ; le projet de loi C-59 (sanctionné le 20 juin 2024) les a ensuite resserrées, en exigeant que le cédant abandonne le contrôle, que les enfants exploitent réellement l’entreprise après le transfert, et en distinguant deux voies de transfert intergénérationnel : « immédiat (3 ans) » et « graduel (10 ans) ».

L’effet sur une Holdco purement détentrice d’immeubles de placement reste limité — ce régime protège principalement les « actions admissibles de petites entreprises (AAPE / QSBC) » et les fermes/pêches familiales ; une société qui ne détient que des immeubles locatifs n’y entre généralement pas. En revanche, si la famille exploite parallèlement une entreprise et souhaite y faire entrer la relève, ce régime devient déterminant.

V. Démonstration pratique : un condo de placement de 2 500 000 $ à Vancouver/Toronto

Hypothèses

  • En 2010, les parents acquièrent un condo de placement à Toronto pour 1 000 000 CAD
  • Juste valeur marchande en 2026 : 2 500 000 $
  • Gain en capital cumulé = 1 500 000 $
  • Les parents sont les derniers résidents fiscaux canadiens à décéder (mariés, le conjoint étant prédécédé avec report par roulement entre conjoints)
  • Taux marginal supérieur applicable de l’Ontario : 53,53 %

Sans planification — calcul réel du « dernier impôt »

1) Impôt sur le gain en capital de la disposition réputée
   Gain en capital : 1 500 000 $
   Taux d'inclusion : 50 % (effectif en 2026)
   Gain en capital imposable : 750 000 $
   Taux marginal : 53,53 %
   Impôt fédéral + provincial : 750 000 $ × 53,53 % ≈ 401 475 $

2) EAT de l'Ontario
   (2 500 000 $ − 50 000 $) × 1,5 % ≈ 36 750 $

3) Autres impôts de la déclaration finale (estimation prudente)
   FERR non décaissé / disposition réputée des comptes non enregistrés ≈ 20 000 $ – 50 000 $
   (selon la situation familiale)

Total du « dernier impôt » ≈ 440 000 $ – 490 000 $ CAD

Si le régime à deux paliers (66,67 %) était à nouveau légiféré dans le futur, dans le même scénario l’impôt sur la disposition réputée monterait à environ 507 000 $, et le « dernier impôt » approcherait 560 000 $. Les deux chiffres doivent être présentés au client.

Avec planification — combinaison des trois outils

A. Assurance vie permanente (conjointe au dernier décès)

  • Capital assuré : 500 000 $
  • Couple de 60 ans, primes payables sur 20 ans, prime annuelle d’environ 12 000 à 15 000 CAD
  • Au décès du dernier conjoint, les enfants reçoivent 500 000 $ libres d’impôt et règlent directement l’ARC + l’EAT, sans avoir à vendre la propriété.

B. Gel successoral + fiducie familiale

  • On apporte le condo de placement à une Holdco (la disposition réputée du jour déclenche un seul impôt sur la plus-value de 1,5 M$ — à choisir pendant que les parents sont en vie, dans une fenêtre permettant un étalement sur plusieurs années) ;
  • Les parents reçoivent des actions privilégiées à valeur fixe de 2,5 M$ ;
  • Les actions ordinaires sont attribuées à une fiducie familiale (bénéficiaires : les enfants majeurs) ;
  • Si l’immeuble continue à s’apprécier (par exemple, atteignant 4 M$ dans 10 ans), cette appréciation de 1,5 M$ reste dans les actions ordinaires et appartient à la fiducie / aux enfants, et n’entre plus dans l’assiette de la disposition réputée au décès des parents.

C. Assurance vie détenue par société + CDC

  • L’assurance est détenue par la Holdco, dont elle est aussi la bénéficiaire ;
  • Au décès des parents, la Holdco reçoit la prestation libre d’impôt → elle alimente le CDC ;
  • Les enfants, devenus actionnaires, perçoivent un dividende en capital, libre d’impôt sur tout le parcours.

Une fois ces trois outils combinés, la pression de devoir « liquider 500 000 $ en quelques mois pour payer l’impôt » l’année du décès des parents disparaît à peu près totalement.

VI. Quand ne pas utiliser ces outils

Ces outils sont coûteux, complexes, avec des coûts d’entretien — il ne faut pas en abuser.

Profils de famille pour lesquels l’assurance / la fiducie / la Holdco sont inutiles :

  • L’ensemble du patrimoine canadien se résume à une seule résidence principale → ERP totale ;
  • Les actifs de placement sont inférieurs à 300 000 $ et le « dernier impôt » prévu est inférieur à 50 000 $ ;
  • Les parents ont déjà plus de 75 ans, leur état de santé est fragile, l’assurance vie permanente est difficile à souscrire et les primes sont extrêmement élevées ;
  • Les enfants prévoient déjà vendre la propriété immédiatement au décès des parents pour la liquider — il suffit alors de vendre et de payer l’impôt, aucune planification anticipée n’est nécessaire.

Profils de famille qui en bénéficient véritablement :

  • Détention d’au moins un immeuble de placement au Canada, ou participation dans une société familiale transfrontalière ;
  • La famille souhaite conserver le bien et le transmettre de génération en génération (la mentalité « garder le bien sans vendre » typique des familles chinoises) ;
  • Les parents ont entre 55 et 70 ans, en bonne santé, donc assurables ;
  • Les actifs de placement totalisent 1 M$ et plus ;
  • Les parents ont une conscience de la conformité et acceptent de supporter chaque année plusieurs milliers à plus de 10 000 CAD de coûts d’entretien juridique et comptable.

VII. Liste d’actions : 6 choses à entreprendre dès maintenant

  1. Faire effectuer par un fiscaliste canadien une simulation « si les parents décédaient aujourd’hui » de la disposition réputée — obtenir des chiffres concrets du type 440 k$ / 560 k$ est le point de départ de toute planification.
  2. Évaluer la fenêtre d’assurabilité des parents (idéalement ≤ 70 ans) — plus on tarde, plus c’est coûteux ; passé 70 ans, on se limite à de petits capitaux ou on essuie un refus.
  3. Bien distinguer la résidence principale de l’immeuble de placement — la résidence principale utilise l’ERP et ne doit jamais entrer dans une Holdco.
  4. Immeuble de placement / locatif : évaluer la pertinence d’un gel successoral + fiducie familiale — le seuil critique se situe généralement à une valeur de 1 M$ et plus, avec des perspectives de hausse continue.
  5. Traiter l’examen des obligations de déclaration T3 pour les fiducies nues (copropriétés) — à compter de l’année d’imposition se terminant en 2026, certains cas devront déclarer.
  6. Articuler en équipe l’assurance, la fiducie, le testament, le fiscaliste et l’avocat — agir seul laisse forcément des angles morts ; il faut au minimum la collaboration d’un conseiller en assurance vie titulaire d’un permis, d’un fiscaliste canadien et d’un avocat successoral.

Rappel professionnel : ce billet est une recherche cadre ; tous les chiffres concrets doivent être vérifiés, à la lumière de la situation familiale réelle, par des professionnels canadiens dûment titulaires. Les règles ont évolué à plusieurs reprises entre 2024 et 2026 (taux d’inclusion des gains en capital, déclaration des fiducies nues, transferts intergénérationnels) ; il faut impérativement vérifier la dernière version avant de signer un contrat ou de rédiger un testament.

Sources (références principales)

1. Annulation du taux d’inclusion des gains en capital / Statut 2026

2. Disposition réputée + roulement entre conjoints + déclaration finale

3. EAT Ontario / Frais d’homologation C.-B.

4. Assurance vie / Conjointe au dernier décès / Assurance détenue par société + CDC

5. Fiducies familiales / Gel successoral / Règle des 21 ans / SAITP

6. Déclaration des fiducies nues 2026

7. Détention de biens immobiliers par société / Revenus passifs / Bien à usage personnel

8. Article 84.1 + Projets de loi C-208 / C-59 — Transferts intergénérationnels

9. Taux marginaux supérieurs / Budget fédéral 2025-2026

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