
3 choses que le divorce ne fait PAS automatiquement (aperçu rapide)
- Il ne met pas à jour votre testament automatiquement — La loi québécoise (art. 764 C.c.Q.) révoque automatiquement le legs consenti à l’ex-conjoint une fois le jugement définitif de divorce prononcé, mais pendant la séparation le testament reste intégralement valide ; si vous décédez avant le jugement final, votre ex-conjoint pourrait hériter.
- Il ne modifie pas automatiquement la désignation de bénéficiaire de votre REER/CELI/FERR — Ces instruments financiers existent indépendamment du testament ; peu importe l’évolution de votre statut matrimonial, seule une démarche active auprès de l’institution financière peut changer la désignation.
- Il ne révoque pas automatiquement le bénéficiaire de votre assurance vie — Même après le divorce, votre ex-conjoint peut toujours être le bénéficiaire d’une police d’un demi-million de dollars, à moins que vous n’effectuiez vous-même les démarches de changement. Au Québec, le statut de bénéficiaire irrévocable (désigné pendant le mariage) devient révocable après la dissolution du mariage, mais vous devez tout de même désigner un nouveau bénéficiaire.
- Il ne révoque pas le mandat d’inaptitude (procuration) — Si votre ex-conjoint est le mandataire désigné dans votre mandat d’inaptitude, ce mandat ne prend pas fin automatiquement au Québec après le divorce ; vous devez le révoquer expressément et en désigner un nouveau.
- Fenêtre d’action : dès la séparation, sans attendre le jugement de divorce — De la signature de la convention de séparation au jugement définitif, il s’écoule souvent de un à trois ans. Cette « période de risque » est la phase où votre succession est la plus vulnérable ; mettez à jour vos documents successoraux sans tarder.
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Planification successorale après le divorce : guide complet sur le testament, le REER, l’assurance vie et le mandat d’inaptitude (Canada / Québec)
Auteur : Équipe de recherche juridique SiLaw | Série : Mariage et divorce au Canada (Épisode 15)
Nombreux sont ceux qui ressentent un soulagement profond après un divorce, convaincus que les questions juridiques appartiennent désormais au passé — les biens ont été partagés, la garde discutée, les pensions alimentaires établies. Pourtant, une « bombe à retardement » juridique que presque tout le monde néglige demeure armée : vos documents successoraux pointent encore vers votre ex-conjoint.
Cet article est le quinzième épisode de la série SiLaw sur le droit canadien du mariage et du divorce, et sans doute l’épisode le plus pratique de la saison. Si vous-même ou un proche êtes en cours de séparation ou de divorce, considérez ce texte comme un guide d’action incontournable.
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I. Divorce et testament : droit québécois vs. autres provinces
Québec : le divorce révoque automatiquement, la séparation ne révoque pas
L’article 764 du Code civil du Québec (C.c.Q.) dispose expressément :
> Lorsque le mariage ou l’union civile (union civile) entre le testateur et un légataire est dissous par jugement du tribunal, les droits du légataire s’éteignent de plein droit ; ce légataire est réputé décédé avant le testateur.
Cette règle semble offrir une protection complète — une fois divorcé, l’ex-conjoint ne peut plus hériter. Mais le piège réside dans le calendrier :
- L’art. 764 C.c.Q. ne s’applique qu’après la délivrance du jugement définitif en divorce.
- La séparation de corps légale ou la séparation de fait ne déclenche pas cette disposition.
Scénario de risque concret : vous et votre conjoint signez une convention de séparation en janvier 2024, mais la procédure de divorce s’étire jusqu’en mars 2026. Si vous décédez accidentellement en octobre 2025, le testament que vous avez rédigé en 2019 — léguant tout à « mon époux(se) » — demeure entièrement valide. Votre ex-conjoint peut légalement hériter de l’intégralité des biens testamentaires.
Raison d’agir immédiatement : n’attendez pas le jugement de divorce. Dès le début de la procédure de séparation, rendez-vous chez un notaire pour rédiger un nouveau testament.
Ontario : art. 17 de la SLRA
La Succession Law Reform Act (SLRA) de l’Ontario, à son article 17, prévoit qu’après le divorce du testateur, tout legs, toute nomination d’exécuteur testamentaire et toute désignation de tuteur en faveur de l’ex-conjoint sont réputés révoqués, comme si l’ex-conjoint était décédé avant le testateur.
- Condition déclenchante : identique au Québec — il faut un jugement définitif de divorce ; la séparation est insuffisante.
- Distinction importante : la règle ontarienne ne révoque que les dispositions concernant l’ex-conjoint ; elle ne touche pas les autres clauses du testament (par exemple, les dispositions en faveur des enfants). Si le testament ne comporte qu’un seul legs — « tout à mon conjoint » — et que ce legs est révoqué, la succession sera distribuée selon les règles de la dévolution ab intestat (intestacy), généralement aux enfants ou aux parents.
Colombie-Britannique et Alberta
L’art. 56 de la Wills, Estates and Succession Act (WESA) de la Colombie-Britannique et l’art. 26 de la Wills and Succession Act (WSA) de l’Alberta prévoient des dispositions semblables :
- Le divorce révoque automatiquement les legs consentis à l’ex-conjoint ainsi que sa nomination à titre d’exécuteur testamentaire.
- La séparation ne déclenche pas cette révocation.
| Province | Loi applicable | Révocation automatique du legs après divorce ? | Révocation pendant la séparation ? | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Québec | C.c.Q., art. 764 | Oui | Non | S’applique au mariage et à l’union civile ; ne vise pas les conjoints de fait |
| Ontario | SLRA, art. 17 | Oui | Non | Révoque uniquement les dispositions relatives à l’ex-conjoint ; reste du testament préservé |
| Colombie-Britannique | WESA, art. 56 | Oui | Non | Inclut la révocation de la nomination à titre de liquidateur successoral |
| Alberta | WSA, art. 26 | Oui | Non | Inclut la révocation de la désignation du tuteur aux biens |
| Manitoba | The Wills Act / Intestate Succession Act | Oui | Non | |
| Saskatchewan | The Wills Act | Oui | Non | |
| Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick et autres provinces atlantiques | Loi sur les testaments de chaque province | Variable selon la province | Non | Vérifier province par province ; il est recommandé de rédiger un nouveau testament dans tous les cas |
> Conclusion essentielle : dans toutes les provinces, l’attitude « la loi finira par me protéger » est dangereuse. La période séparant la séparation du divorce peut s’étirer sur plusieurs années, durant lesquelles vos biens successoraux sont entièrement exposés. Rédiger un nouveau testament est une dépense nécessaire à prévoir au budget du divorce, au même titre que les honoraires d’avocat.
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II. Désignation de bénéficiaire (actifs contractuels) : le divorce n’y change rien
Le testament régit les « actifs successoraux » (probate assets) — comptes bancaires, immeubles détenus en nom propre, biens personnels, etc. Or, une part importante du patrimoine des familles canadiennes est constituée d’« actifs contractuels » qui contournent entièrement le processus testamentaire et sont distribués directement au bénéficiaire désigné dans le contrat.
Les principaux actifs contractuels sont :
- Régime enregistré d’épargne-retraite (REER)
- Compte d’épargne libre d’impôt (CELI)
- Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR)
- Assurance vie
- Régime de retraite collectif (Pension Plan)
- Assurance collective de l’employeur
Réalité juridique fondamentale : la Loi de l’impôt sur le revenu (Income Tax Act, LIR) permet au titulaire d’un REER ou d’un CELI de désigner un bénéficiaire directement dans le contrat de compte. Cette désignation ne relève pas du testament et ne change pas automatiquement en raison du divorce.
REER / FERR / CELI — seule une démarche active est efficace
De nombreuses familles canadiennes possèdent des REER valant plusieurs centaines de milliers de dollars, sans jamais avoir mis à jour la désignation de bénéficiaire après le mariage ou après le divorce. Scénario courant :
- En 2010, à l’ouverture du compte, le conjoint est désigné bénéficiaire.
- En 2020, divorce.
- En 2024, le titulaire décède ; le solde de 180 000 $ revient directement à l’ex-conjoint.
Ce n’est pas un cas hypothétique : c’est un scénario qui s’est répété à maintes reprises devant les tribunaux canadiens. La désignation de bénéficiaire étant une clause contractuelle, les droits de l’ex-conjoint priment souvent en droit sur le testament et sur les règles de dévolution successorale.
Démarches à suivre :
- Contactez votre institution financière (banque, fiducie, assureur).
- Remplissez le « Formulaire de changement de bénéficiaire » (Beneficiary Change Form).
- Soumettez-le et obtenez une confirmation écrite.
- Reconfirmez la désignation à chaque transfert de compte ou changement d’institution.
| Type d’actif | Le divorce modifie-t-il automatiquement le bénéficiaire ? | Fondement juridique applicable | Modalité de mise à jour |
|---|---|---|---|
| REER | Non | LIR (contrat indépendant du testament) | Soumettre le formulaire de changement à l’institution financière — généralement gratuit |
| CELI | Non | LIR (contrat indépendant du testament) | Soumettre le formulaire de changement à l’institution financière — généralement gratuit |
| FERR | Non | LIR (contrat indépendant du testament) | Soumettre le formulaire de changement à l’institution financière — généralement gratuit |
| Assurance vie | Non (sauf exception législative spécifique) | Loi sur les assurances (Québec) ; lois provinciales sur les assurances | Contacter l’assureur et soumettre une demande de changement écrite |
| Régime de retraite collectif (PD/CD) | Variable selon les modalités du régime et la législation provinciale | Réglementation provinciale sur les régimes de retraite | Contacter le service RH de l’employeur ou l’administrateur du régime |
| Assurance collective de l’employeur (décès) | Non | Contrat d’assurance | Mettre à jour le formulaire de bénéficiaire auprès des RH |
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III. Règles particulières au Québec en matière d’assurance vie : le bénéficiaire irrévocable
La Loi sur les assurances du Québec (RLRQ c. A-32.1) prévoit un mécanisme de désignation de bénéficiaire particulier : le bénéficiaire irrévocable. Dans de nombreux couples mariés, le conjoint est désigné à ce titre, ce qui signifie :
Durant le mariage :
- Le titulaire de la police ne peut pas modifier la désignation de bénéficiaire sans le consentement écrit du bénéficiaire.
- Le titulaire ne peut pas mettre la police en gage, la céder ou la racheter de façon anticipée.
Changement juridique après le divorce :
En vertu de la Loi sur les assurances du Québec, lorsque le conjoint (conjoint) désigné comme bénéficiaire irrévocable perd ce statut suite à la dissolution du mariage, sa désignation devient automatiquement révocable (révocable).
Il s’agit d’une protection juridique importante, car :
- Après le divorce, vous retrouvez le droit de modifier unilatéralement la désignation du bénéficiaire.
- Vous n’avez plus besoin du consentement écrit de votre ex-conjoint.
Mais le piège persiste :
Le fait que la désignation devienne révocable ne signifie pas que votre ex-conjoint est automatiquement retiré. Si vous ne présentez pas de demande de changement, votre ex-conjoint demeure le bénéficiaire d’une police d’un demi-million de dollars — vous avez simplement désormais le droit de modifier cette situation.
Recommandations pratiques :
- Contactez votre assureur et soumettez un Avis de changement de bénéficiaire (avis de changement de bénéficiaire).
- Désignez expressément le nouveau bénéficiaire (enfants, parents, nouveau conjoint ou succession).
- Obtenez une confirmation écrite de l’assureur.
- Attention : le libellé de certaines anciennes polices peut différer ; chaque contrat doit être examiné individuellement.
Note de l’Équipe de recherche juridique SiLaw : si vous avez désigné votre ex-conjoint comme bénéficiaire irrévocable dans le contrat d’assurance avant le mariage, et que la valeur de la police est élevée, vous devriez confirmer la situation auprès de votre assureur dès que possible après le divorce et effectuer le changement avec l’accompagnement d’un conseiller juridique. Ne présumez pas que « le divorce règle tout automatiquement ».
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IV. Le mandat d’inaptitude (Mandat d’inaptitude / Power of Attorney)
Au Canada, si vous perdez vos capacités cognitives à la suite d’un accident, d’une maladie ou du vieillissement, vous devez avoir préalablement confié à un mandataire le soin de gérer vos biens et vos soins personnels. Au Québec, ce document est appelé mandat d’inaptitude ou mandat de protection ; dans les autres provinces, on parle de Enduring Power of Attorney (procuration durable).
Risque juridique après le divorce :
Contrairement au testament, la loi québécoise ne révoque pas automatiquement le mandat d’inaptitude désignant l’ex-conjoint comme mandataire. Cela signifie que :
- Si vous avez rédigé un mandat pendant le mariage en confiant la gestion de vos biens à votre ex-conjoint,
- et qu’après le divorce vous subissez un accident ou perdez vos capacités,
- votre ex-conjoint a toujours légalement le droit d’agir comme administrateur de vos biens, à moins que vous n’ayez expressément révoqué le mandat.
Dans les provinces comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, la procuration durable ne s’éteint pas non plus automatiquement par le divorce ; une révocation écrite est nécessaire.
Liste d’actions immédiates :
- Révoquer immédiatement le mandat existant (une notification écrite au mandataire est requise).
- Désigner un nouveau mandataire (membre de la famille de confiance, ami ou société de fiducie professionnelle).
- Rédiger séparément : le mandat relatif à la gestion des biens et le mandat relatif aux soins personnels (mandat de soins personnels) sont généralement deux documents distincts.
- Exigence de notarisation au Québec : le nouveau mandat d’inaptitude doit être signé devant notaire pour avoir force de loi.
Référence de coûts : au Québec, la rédaction d’un mandat d’inaptitude par un notaire (biens + soins personnels) coûte généralement entre 200 $ et 500 $, selon la complexité.
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V. Les enfants mineurs comme bénéficiaires : pourquoi une désignation directe pose problème
Après un divorce, de nombreux parents souhaitent immédiatement « tout laisser aux enfants » — l’intention est louable, mais l’exécution juridique recèle des pièges importants.
Le problème :
Au Canada, les mineurs (moins de 18 ans au Québec, généralement moins de 19 ans dans les autres provinces) ne peuvent pas recevoir directement un héritage ou une prestation d’assurance de grande valeur. Si vous désignez directement un enfant mineur comme bénéficiaire dans votre REER, votre assurance ou votre testament, voici ce qui se passe à votre décès :
- Le tribunal intervient.
- Il désigne un « tuteur aux biens » (curateur/trustee) pour administrer les actifs au nom de l’enfant mineur.
- Au Québec, l’administration des biens d’un enfant mineur relève d’une tutelle aux biens supervisée par le tribunal.
- L’ex-conjoint (l’autre parent de l’enfant) sera vraisemblablement désigné par le tribunal comme tuteur aux biens — ce qui est peut-être exactement ce que vous souhaitez éviter.
La bonne approche :
- Prévoir une fiducie testamentaire dans le testament (testamentary trust) : désignez expressément un fiduciaire (vos parents, un frère ou une sœur, ou un avocat) et stipulez que l’enfant n’accédera à la pleine propriété qu’à un âge déterminé (par exemple 25 ou 30 ans).
- Désignation du bénéficiaire du REER ou de l’assurance : évitez d’inscrire directement le nom d’un enfant mineur ; désignez plutôt la « succession » (estate) et prévoyez une fiducie dans le testament — notez que cela implique que le REER sera soumis à l’homologation, ce qui peut entraîner des coûts fiscaux.
- Ou constituer une fiducie d’assurance distincte : via l’assureur ou une société de fiducie professionnelle, mettez en place une fiducie au bénéfice des enfants afin d’éviter que les actifs n’entrent dans la succession.
Note sur la tutelle aux biens des mineurs au Québec :
- La tutelle aux biens d’un enfant mineur au Québec nécessite une demande auprès du Tribunal judiciaire, avec des redditions de compte périodiques au curateur public.
- Cette procédure est lourde et coûteuse — une raison supplémentaire de prévoir une fiducie testamentaire dès la rédaction du nouveau testament.
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VI. Actifs transfrontaliers : comptes bancaires en Chine et mise à jour des documents successoraux
De nombreux Canadiens d’origine chinoise détiennent encore des comptes bancaires, des actions, des biens immobiliers ou d’autres actifs en Chine. Un jugement de divorce canadien ne produit aucun effet automatique sur les documents successoraux en droit chinois ; il faut donc traiter les deux volets séparément.
Comptes bancaires en Chine — désignation de bénéficiaire
Les banques chinoises (ICBC, Banque agricole de Chine, CCB, etc.) ne permettent pas de désigner un bénéficiaire de son vivant (contrairement au Canada). Au décès du titulaire, les fonds du compte doivent être réclamés par voie d’homologation testamentaire ou de notarisation de la succession.
Recommandations pratiques :
- Si vous avez des dépôts bancaires en Chine, rédigez un testament valide en Chine en désignant expressément vos héritiers.
- Si vous détenez des biens immobiliers, envisagez de rédiger un testament spécifique auprès d’un bureau notarial en Chine (ou par l’entremise du consulat chinois compétent avec authentification).
- Si la convention de divorce canadienne porte sur des actifs en Chine, elle devra passer par la procédure de reconnaissance judiciaire en Chine (généralement : légalisation consulaire + traduction certifiée) pour être exécutoire en Chine.
Succession transfrontalière — aspects pratiques
- La stratégie du double testament (Dual Will Strategy) est expressément permise en Ontario ; elle permet d’éviter que les actifs chinois ne soient assujettis à l’homologation canadienne (probate). Le Québec ne dispose pas encore d’un mécanisme équivalent, mais le caractère fermé du testament notarié offre une certaine protection.
- Il n’existe pas de traité bilatéral entre le Canada et la Chine en matière de droits de succession ; chaque pays applique sa propre législation fiscale.
- Recommandation : faites appel à un professionnel maîtrisant à la fois le droit canadien et le droit chinois pour élaborer un plan successoral « binational ».
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VII. Calendrier d’action complet pour la planification successorale post-divorce
> Principe directeur : agir dès la séparation, sans attendre le jugement définitif
Voici la séquence d’actions recommandée et les délais à respecter :
| Moment | Action à entreprendre | Priorité | Coût estimé (Québec) |
|---|---|---|---|
| Dans la semaine suivant la séparation | Révoquer et refaire le mandat d’inaptitude | Urgent | 200 $ – 500 $ |
| Dans le mois suivant la séparation | Rédiger un nouveau testament notarié avec fiducie testamentaire pour les enfants et désignation d’un nouveau liquidateur | Urgent | 500 $ – 1 500 $ |
| Dans le mois suivant la séparation | Mettre à jour la désignation de bénéficiaire de tous les REER/CELI/FERR | Urgent | Généralement gratuit |
| Dans le mois suivant la séparation | Soumettre à l’assureur une demande de changement du bénéficiaire de l’assurance vie | Urgent | Généralement gratuit |
| Dans les 3 mois suivant la séparation | Contacter les RH de l’employeur pour mettre à jour le bénéficiaire du régime de retraite collectif et de l’assurance collective | Important | Gratuit |
| Dans les 3 mois suivant la séparation | Si vous êtes actionnaire d’une société, réviser et mettre à jour les dispositions successorales de l’entreprise (convention d’actionnaires, assurance homme-clé) | Important | 1 000 $ – 5 000 $+ (selon la complexité) |
| Dans les 6 mois suivant la séparation | Si vous avez des actifs en Chine, rédiger un testament chinois et le faire notarier/authentifier | Recommandé | 500 $ – 2 000 $+ selon les actifs |
| Après le jugement de divorce | Vérifier que toutes les mises à jour sont effectives, passer en revue la liste des bénéficiaires et réviser le testament au besoin | Routine | 200 $ – 800 $ selon les besoins |
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VIII. Avertissement particulier aux entrepreneurs : documents d’entreprise et assurance homme-clé
Lorsque l’une des parties au divorce est entrepreneur ou actionnaire, la complexité de la planification successorale augmente considérablement.
Convention d’actionnaires (Shareholder Agreement)
La plupart des conventions d’actionnaires contiennent une « clause d’achat-vente » (buy-sell clause) stipulant que, au décès ou à l’incapacité d’un actionnaire, les autres actionnaires ont le droit de racheter ses actions au prix prévu. Si l’ex-conjoint figure comme héritier, il pourrait, à votre décès, devenir actionnaire — ce qui compromettrait gravement le contrôle et le fonctionnement de la société.
Mesures recommandées :
- Passer en revue les « clauses déclenchées par le décès ou le divorce » dans la convention d’actionnaires.
- Consulter le juriste de la société pour modifier la convention et exclure expressément les droits successoraux de l’ex-conjoint.
- S’assurer que le traitement des actions dans le testament est cohérent avec la convention d’actionnaires.
Assurance homme-clé (Key-Person Insurance)
L’assurance vie souscrite par la société sur la tête d’une personne clé (généralement le fondateur ou le directeur général) est détenue par la société, mais la désignation du bénéficiaire peut devoir être mise à jour. Si l’ex-conjoint avait été impliqué dans la gestion de la société et figurait parmi les bénéficiaires concernés, il faut en faire la vérification.
Société de portefeuille et planification successorale
De nombreux entrepreneurs canadiens d’origine chinoise détiennent leurs actifs via une société de portefeuille (holding company). Les actions de cette société doivent être traitées dans le testament et peuvent faire l’objet d’une stratégie de double testament (applicable en Ontario, permettant d’économiser des droits d’homologation considérables).
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IX. Simulation pratique : reconstruction successorale d’une femme divorcée
Voici un cas composite illustrant les priorités d’action et les coûts estimés dans un scénario réel.
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Profil de la cliente :
- Mme Zheng, 42 ans, immigrante d’origine chinoise, établie à Montréal (Québec)
- Mariée 12 ans, convention de séparation signée fin 2024
- Jugement définitif de divorce attendu en 2026
Inventaire des actifs :
- Un appartement (enregistré uniquement au nom de Mme Zheng, valeur : 480 000 $)
- REER individuel (suite à la séparation des avoirs ; solde REER de Mme Zheng : 180 000 $ ; désignation de bénéficiaire : toujours l’ex-mari)
- Une police d’assurance vie (couverture : 500 000 $ ; l’ex-mari est désigné comme bénéficiaire irrévocable)
- Un testament notarié rédigé en 2016 (léguant l’intégralité des biens à « mon mari »)
- Deux enfants mineurs (13 ans et 9 ans)
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Étape 1 : régler la question du bénéficiaire irrévocable de l’assurance vie (priorité absolue)
En vertu de la Loi sur les assurances du Québec, après la dissolution du mariage, le statut de bénéficiaire irrévocable de l’ex-mari devient automatiquement révocable. Mme Zheng peut désormais soumettre une demande de changement de bénéficiaire à l’assureur sans le consentement de son ex-mari.
- Action : téléphoner à l’assureur et lui envoyer un avis écrit ; remplir le formulaire de changement et désigner un nouveau bénéficiaire (par exemple : « une fiducie constituée au bénéfice des deux enfants de Mme Zheng » ou la fiducie testamentaire).
- Note : il n’est pas recommandé d’inscrire directement les noms des enfants de 13 ans et 9 ans — utiliser la fiducie testamentaire (voir ci-dessous).
- Coût : gratuit.
- Délai : dès que possible après la séparation, sans attendre le jugement de divorce.
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Étape 2 : mettre à jour le bénéficiaire du REER (urgent mais simple)
180 000 $ représente un actif considérable. Mme Zheng n’a qu’à :
- Se présenter à sa banque ou chez son conseiller financier.
- Remplir le formulaire de changement de bénéficiaire du REER.
- Compte tenu du fait que les enfants sont mineurs, il est recommandé de désigner la « succession » (estate) comme bénéficiaire et de prévoir une fiducie dans le nouveau testament pour gérer cet actif.
- Note : désigner la succession comme bénéficiaire du REER signifie que la valeur du REER sera intégrée à la succession et pourrait être assujettie à l’impôt sur le revenu ; il convient de consulter un conseiller fiscal pour explorer d’autres stratégies de planification.
- Coût : changement de bénéficiaire gratuit ; consultation en planification fiscale : 200 $ – 500 $.
- Délai : dans le mois suivant la séparation.
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Étape 3 : rédiger un nouveau testament notarié (chantier principal)
L’ancien testament de 2016 doit être entièrement révoqué et remplacé par un nouveau testament notarié. Le nouveau testament devrait comprendre :
- Révocation de tous les testaments antérieurs (« Je révoque par les présentes tout testament et codicille que j’ai pu faire antérieurement »).
- Désignation d’un liquidateur de la succession (liquidateur de succession) : recommander de désigner un membre de la famille de confiance (pas l’ex-mari) ou une société de fiducie professionnelle.
- Fiducie testamentaire pour les deux enfants mineurs :
- La part des enfants dans la succession est administrée par le fiduciaire jusqu’à ce qu’ils atteignent 25 ans (ou tout autre âge convenu).
- Le fiduciaire est autorisé à utiliser les actifs de la fiducie pour l’éducation, les soins médicaux et les besoins courants des enfants.
- Sort de l’appartement : préciser clairement que l’appartement revient aux deux enfants (ou à l’un d’eux), ou qu’il sera vendu lorsque les conditions du marché seront favorables, et les produits versés à la fiducie.
- Désignation d’un tuteur à la personne : si ce n’est pas l’ex-mari (qui a généralement la garde légale conjointe), des grands-parents ou d’autres proches peuvent être désignés comme tuteurs à la personne, mais cette désignation ne lie pas le tribunal dans sa décision finale.
- Traitement des actifs en Chine (le cas échéant) : mentionner les actifs chinois dans le testament québécois est possible, mais il est recommandé de rédiger également un testament distinct en Chine.
- Coût : rédaction d’un testament notarié au Québec : 500 $ – 1 500 $ (selon la complexité des actifs).
- Délai : dans le mois suivant la séparation.
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Étape 4 : révoquer et refaire le mandat d’inaptitude
Si l’ancien mandat d’inaptitude de Mme Zheng désignait son ex-mari pour gérer ses biens et ses soins personnels, elle doit :
- Notifier par écrit à son ex-mari que le mandat est révoqué (et accomplir la révocation devant notaire).
- Désigner un nouveau mandataire (par exemple : les parents de Mme Zheng, sa sœur ou une société de fiducie professionnelle).
- Rédiger séparément le mandat relatif à la gestion des biens et le mandat relatif aux soins personnels.
- Coût : 200 $ – 500 $.
- Délai : dans la semaine suivant la séparation.
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Récapitulatif des coûts (cas de Mme Zheng) :
| Poste | Fourchette de coûts | Remarques |
|---|---|---|
| Nouveau testament notarié (avec fiducie testamentaire) | 500 $ – 1 500 $ | Honoraires du notaire au Québec ; dossier simple : 500 $ ; actifs complexes : 1 500 $+ |
| Mandat d’inaptitude (biens + soins personnels) | 200 $ – 500 $ | Honoraires du notaire |
| Changement de bénéficiaire du REER | Gratuit | Fourni par l’institution financière |
| Changement de bénéficiaire de l’assurance vie | Gratuit | Fourni par l’assureur |
| Consultation fiscale (traitement du REER dans la succession) | 200 $ – 500 $ | Comptable ou conseiller fiscal |
| Total estimé | 900 $ – 2 500 $ environ | Comparé aux 680 000 $ d’actifs potentiellement non protégés, c’est un coût de protection minimal |
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X. Liste de vérification complète pour la mise à jour successorale post-divorce
| Catégorie | Action concrète | Responsable | Délai |
|---|---|---|---|
| Testament | Révoquer l’ancien testament ; rédiger un nouveau testament notarié (Québec) avec fiducie testamentaire pour les enfants | Notaire | Dans le mois suivant la séparation |
| Bénéficiaire du REER | Soumettre le formulaire de changement à l’institution financière ; désigner un nouveau bénéficiaire ou la « succession » | Titulaire du compte | Dans le mois suivant la séparation |
| Bénéficiaire du CELI | Même démarche que pour le REER | Titulaire du compte | Dans le mois suivant la séparation |
| Bénéficiaire du FERR | Même démarche que pour le REER | Titulaire du compte | Dans le mois suivant la séparation |
| Assurance vie | Contacter l’assureur pour changer le bénéficiaire ; au Québec, confirmer que le statut irrévocable est devenu révocable | Titulaire ou courtier | Dans le mois suivant la séparation |
| Régime de retraite collectif | Contacter les RH de l’employeur pour mettre à jour le bénéficiaire | Titulaire | Dans les 3 mois |
| Assurance collective de l’employeur | Mettre à jour le formulaire de bénéficiaire auprès des RH | Titulaire | Dans les 3 mois |
| Mandat d’inaptitude | Révoquer l’ancien mandat ; désigner un nouveau mandataire (devant notaire) | Notaire | Dans la semaine suivant la séparation |
| Documents d’entreprise (convention d’actionnaires) | Réviser et modifier la clause d’achat-vente ; exclure les droits successoraux de l’ex-conjoint | Avocat de la société | Dans les 3 à 6 mois |
| Actifs en Chine | Rédiger un testament en Chine (authentifiable via le consulat) ; mettre à jour les registres d’actifs chinois | Notaire/avocat en Chine | Dans les 6 mois |
| Révision périodique | Réviser l’ensemble des documents ci-dessus tous les 2 à 3 ans ou après tout changement de situation important | Notaire / avocat | En continu |
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Foire aux questions (FAQ)
Q1 : Je vis en Ontario et j’ai entendu dire que le testament est automatiquement annulé après le divorce. Est-ce vrai ?
Pas tout à fait. L’article 17 de la SLRA de l’Ontario prévoit que, après le divorce, les clauses du testament relatives à l’ex-conjoint (legs, nomination d’exécuteur testamentaire, désignation de tuteur) sont réputées révoquées, mais le reste du testament demeure valide. Par exemple, si le testament comporte à la fois un legs « au conjoint » et un legs « aux enfants », après le divorce le premier est révoqué et le second reste en vigueur. Dans tous les cas, il est fortement recommandé de rédiger un nouveau testament après le divorce afin d’éliminer toute incertitude juridique.
Q2 : Mon REER est peu important (environ 30 000 $). Dois-je vraiment mettre à jour le bénéficiaire ?
Oui, quel que soit le montant. Changer la désignation de bénéficiaire est entièrement gratuit — il suffit de remplir un formulaire. Si vous ne le faites pas, ces 30 000 $ iront directement à votre ex-conjoint, sans passer par la succession — vos enfants ou vos parents n’auraient aucun recours, car les droits du bénéficiaire contractuel priment légalement sur les droits des héritiers testamentaires.
Q3 : Mon ex-conjoint était désigné comme bénéficiaire irrévocable. Puis-je changer le bénéficiaire de l’assurance après le divorce sans son consentement ?
Oui, sans avoir besoin du consentement de votre ex-conjoint. En vertu de la Loi sur les assurances du Québec, la désignation du conjoint comme bénéficiaire irrévocable devient automatiquement révocable (révocable) après la dissolution du mariage (jugement définitif de divorce). Vous devez cependant prendre l’initiative de soumettre une demande de changement à votre assureur — cette transformation ne supprime pas automatiquement votre ex-conjoint de la police. Il est recommandé de contacter l’assureur immédiatement après le jugement de divorce (ou dès la séparation) pour effectuer le changement par écrit.
Q4 : Je veux laisser les prestations d’assurance à mes deux enfants, mais ils sont mineurs. Comment procéder ?
Il n’est pas recommandé d’inscrire directement le nom d’enfants mineurs sur la police. La loi canadienne (y compris au Québec) ne permet pas aux mineurs de recevoir directement des actifs de grande valeur ; en cas de décès, le tribunal interviendrait et désignerait un tuteur aux biens — et l’ex-conjoint serait vraisemblablement désigné, ce qui n’est peut-être pas votre souhait. Il existe deux approches correctes : (1) prévoir une fiducie dans le nouveau testament, en désignant un fiduciaire de confiance pour gérer les actifs jusqu’à la majorité des enfants ; (2) désigner la « succession » (estate) comme bénéficiaire de l’assurance et prévoir une fiducie dans le testament pour traiter les prestations d’assurance. Cette deuxième option fait entrer les prestations dans la succession, ce qui peut entraîner des incidences fiscales — consultez un conseiller fiscal.
Q5 : Quelle est la différence entre un testament notarié et un testament olographe ? Lequel est le plus sûr au Québec ?
Le Québec reconnaît trois formes de testament valides : (1) Le testament notarié (testament notarié) : signé devant notaire, l’original est conservé par le notaire dans le Registre des dispositions testamentaires et des mandats (RDPRM) ; il ne requiert pas d’homologation et possède la plus grande force juridique. (2) Le testament devant témoins (testament devant témoins) : signé par le testateur en présence de deux témoins adultes ; doit être homologué par le tribunal après le décès. (3) Le testament olographe (testament olographe) : entièrement rédigé à la main et signé par le testateur, sans témoin requis, mais doit être homologué après le décès et est plus susceptible d’être contesté. Pour la planification successorale post-divorce, il est fortement recommandé de choisir le testament notarié — son coût de 500 $ à 1 500 $ est largement compensé par la simplicité de l’exécution et la solidité juridique.
Q6 : Ma convention de séparation prévoit déjà le partage des biens. Dois-je quand même m’occuper séparément de la planification successorale ?
Oui, les deux démarches sont entièrement distinctes sur le plan juridique. La convention de séparation (ou le protocole de divorce) porte sur le partage du « patrimoine familial » accumulé pendant le mariage, c’est-à-dire la répartition des actifs entre deux personnes vivantes. La planification successorale concerne la distribution de vos biens après votre décès — il s’agit de deux arrangements juridiques de nature fondamentalement différente. La convention de séparation ne vaut pas testament et ne modifie pas la désignation de bénéficiaire d’un REER ou d’un contrat d’assurance. Les deux doivent être traités séparément.
Q7 : J’ai encore un bien immobilier en Chine. Mon testament canadien peut-il le couvrir ?
En théorie, un testament canadien peut viser des actifs à l’étranger, mais pour qu’il soit exécutoire en Chine, il faut passer par un processus de reconnaissance juridique complexe (le testament doit être authentifié par un notaire canadien, puis légalisé par le consulat chinois compétent, et enfin traité par un bureau notarial en Chine), ce qui est long, coûteux et incertain. Il est recommandé de rédiger en parallèle un testament distinct spécifiquement dédié aux actifs chinois, auprès d’un bureau notarial à Shanghai, Pékin ou dans votre ville d’origine, afin de garantir la transmission ordonnée du bien immobilier à l’héritier désigné. Les deux testaments doivent être soigneusement coordonnés pour éviter tout conflit.
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Références juridiques
Cet article s’appuie principalement sur les textes juridiques et sources faisant autorité suivants :
- Code civil du Québec (C.c.Q.), art. 764 — Extinction des droits du légataire après dissolution du mariage
- Succession Law Reform Act, RSO 1990, c. S.26, art. 17 (Ontario) — Effet du divorce sur le testament
- Wills, Estates and Succession Act, SBC 2009, c. 13, art. 56 (Colombie-Britannique)
- Wills and Succession Act, SA 2010, c. W-12.2, art. 26 (Alberta)
- Loi sur les assurances, RLRQ c. A-32.1 (Québec) — Dispositions relatives au bénéficiaire irrévocable
- Loi de l’impôt sur le revenu (Income Tax Act), LRC 1985, c. 1 (5e suppl.) — Dispositions relatives à la désignation de bénéficiaire du REER/CELI (art. 146 et 146.2)
- Loi sur le notariat, RLRQ c. N-3 (Québec) — Rédaction et enregistrement du testament notarié
- Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui et C.c.Q. — Dispositions relatives au mandat d’inaptitude
- Registre des dispositions testamentaires et des mandats (RDPRM) — Enregistrement des testaments notariés et des mandats d’inaptitude au Québec
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Besoin d’une assistance juridique professionnelle ?
Cet article est présenté par l’Équipe de recherche juridique SiLaw à titre informatif et éducatif uniquement ; il ne constitue pas un avis juridique. Si vous êtes en cours de séparation ou de divorce, la mise à jour de vos documents successoraux devrait être entreprise le plus tôt possible. Consultez un avocat ou un notaire qualifié pour obtenir des conseils adaptés à votre situation personnelle.
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