Bigamie et polygamie transfrontalière : Risque criminel, mariage nul et fraude à l’immigration

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Bigamie et polygamie transfrontalière — Analyse approfondie du Code criminel canadien et des risques en immigration

Aperçu des risques principaux — À l’intention des immigrants d’origine chinoise au Canada

  • Bigamie criminalisée : L’article 290 du Code criminel (重婚罪, chóng hūn zuì) du Canada fait de la bigamie un acte criminel punissable d’un maximum de 5 ans d’emprisonnement ; l’article 291 en fixe la peine. Se remarier au Canada avant que le mariage contracté en Chine n’ait été formellement dissous constitue une bigamie.
  • Pièges de la procédure de divorce : En Chine, le simple dépôt d’une demande de divorce, un accord verbal de séparation ou le fait de croire qu’une procédure judiciaire est en cours ne signifient pas que le divorce est prononcé. Il faut impérativement détenir le certificat de divorce (离婚证, lí hūn zhèng) délivré par le bureau de l’état civil ou une décision judiciaire de divorce passée en force de chose jugée.
  • Conditions de reconnaissance du divorce chinois au Canada : Un divorce prononcé en Chine doit satisfaire aux exigences du droit chinois et ne pas résulter d’une fraude pour être reconnu au Canada ; le certificat de divorce doit être certifié/apostillé (Apostille) avant toute soumission à l’IRCC ou à la Direction de l’état civil du Québec (DEC).
  • Exclusion du régime polygame en immigration : Même si la polygamie est légale dans le pays d’origine, la réglementation canadienne en matière d’immigration (IRPR, art. 2(2)) ne reconnaît qu’un seul époux ou une seule épouse ; la « deuxième épouse » d’un mariage polygame ne peut être parrainée à titre de conjoint dans la catégorie du regroupement familial.
  • Dissimuler un mariage antérieur = fraude en immigration : L’article 40 de la LIPR (隐瞒前婚, yǐn mán qián hūn) — Omettre ou déclarer faussement un mariage ou un divorce antérieur dans une demande de parrainage constitue une fausse déclaration dont les conséquences sont : interdiction de territoire de 5 ans, révocation du statut de résident permanent, et poursuites criminelles.

I. Bigamie et polygamie : comment le Code criminel les définit-il ?

Le Code criminel canadien (Criminal Code, LRC 1985, ch. C-46) réglemente les unions multiples aux articles 290 à 293, formant un régime pénal cohérent et interconnecté. Pour les immigrants d’origine chinoise vivant au Canada, comprendre avec précision les limites de ces dispositions revêt une importance bien plus grande que leur simple lecture littérale.

Art. 290 — Définition de la bigamie (重婚罪, chóng hūn zuì)

L’article 290 définit la bigamie comme le fait, pour une personne déjà mariée, de contracter mariage avec une tierce personne, ou de contracter mariage avec une personne dont elle sait qu’elle est déjà mariée. Concrètement, trois situations constituent une bigamie :

Situation 1 : Se remarier alors qu’un mariage antérieur n’a pas été légalement dissous

Une personne célèbre un mariage au Canada alors que son mariage précédent — quelle qu’en soit la juridiction — n’a pas été légalement dissous. Même si le premier mariage a été conclu en Chine, tant que le lien matrimonial subsiste, le mariage subséquent au Canada constitue une bigamie.

Situation 2 : Épouser sciemment une personne déjà mariée

Même si la personne est elle-même célibataire, le fait de contracter mariage avec quelqu’un dont elle sait que l’union antérieure n’a pas été dissoute constitue également une bigamie.

Situation 3 : Contracter simultanément plusieurs mariages

Célébrer une cérémonie de mariage ou contracter une union avec plusieurs personnes en même temps.

Art. 291 — Peine pour bigamie

En vertu de l’article 291, la bigamie est un acte criminel (indictable offence) passible, sur déclaration de culpabilité, d’un maximum de 5 ans d’emprisonnement. Cette peine se situe au même niveau que des infractions graves telles que la fraude ou les lésions corporelles graves, ce qui témoigne de la haute importance accordée par le législateur à l’intégrité de l’institution matrimoniale.

Art. 293 — Polygamie/union polygame (多偶制罪, duō ǒu zhì zuì) : une portée plus large

L’article 293 va au-delà de la bigamie : il vise toute forme d’union polygame, qu’une cérémonie de mariage ait eu lieu ou non. La peine maximale est également de 5 ans d’emprisonnement.

Il est particulièrement important de noter que l’article 293 comporte une « clause d’assistance » : quiconque préside, aide ou participe à une cérémonie de mariage polygame sous quelque forme que ce soit — notamment les ministres du culte, les témoins, voire les intermédiaires ayant organisé la cérémonie — peut être tenu coresponsable de l’infraction. Cela signifie que la personne qui, au Canada, organise un mariage en sachant que l’un des futurs époux est déjà marié s’expose elle-même à une responsabilité pénale.

Disposition Infraction Élément central Champ d’application Peine maximale
§290 Bigamie (重婚罪) Contracter mariage tout en étant déjà marié Cérémonie de mariage formelle uniquement 5 ans d’emprisonnement
§291 Peine pour bigamie Fondement de la sanction prévue à §290 S’applique conjointement avec §290 5 ans d’emprisonnement
§293 Polygamie (多偶制罪) Maintenir simultanément plusieurs unions conjugales ou quasi-conjugales Inclut la cohabitation polygame informelle ; les complices sont aussi passibles de poursuites 5 ans d’emprisonnement

Distinction clé : L’article 290 vise le « geste de contracter mariage » (c’est-à-dire le moment de la cérémonie), tandis que l’article 293 vise la « relation polygame continue » — même sans deuxième cérémonie de mariage, le maintien simultané de deux unions ayant l’apparence d’un mariage peut déclencher l’application de l’article 293.

II. Le piège transfrontalier — Se remarier au Canada avant que le divorce en Chine ne soit finalisé

Il s’agit de la zone de risque juridique la plus courante et la plus facilement ignorée au sein de la communauté immigrante d’origine chinoise au Canada. Beaucoup entretiennent une dangereuse idée reçue : « nous sommes séparés depuis longtemps », « les démarches de divorce sont en cours », « le tribunal chinois a accepté le dossier » — aucune de ces affirmations ne signifie que le mariage est dissous.

Le seul marqueur légal de la dissolution du mariage en Chine

En vertu de l’article 1080 du Code civil de la République populaire de Chine (中华人民共和国民法典, Zhōnghuá Rénmín Gònghéguó Mínfǎdiǎn) :

> Le mariage est dissous lorsque le divorce est enregistré ou lorsqu’un jugement ou une décision de médiation d’un tribunal populaire passe en force de chose jugée.

Cela signifie qu’il n’existe que deux voies légales pour dissoudre un mariage :

  1. Divorce par enregistrement auprès du bureau de l’état civil (民政局, mínzhèngjú) : le mariage est dissous à compter de la date de délivrance du certificat de divorce (离婚证) ;
  2. Divorce judiciaire : le mariage est dissous à compter de la date d’entrée en vigueur du jugement ou de la décision de médiation du tribunal.

Avant ce stade — qu’il s’agisse du dépôt d’une demande, de la signature d’un accord ou de l’attente d’une audience — les deux parties sont encore légalement mariées.

Le délai de réflexion avant divorce introduit par le Code civil de 2021 : un risque supplémentaire

L’article 1077 du Code civil, en vigueur depuis le 1er janvier 2021, a institué un délai de réflexion de 30 jours pour le divorce par consentement mutuel, créant ainsi de nouveaux « pièges temporels » :

Première étape : Réception de la demande

Les deux époux déposent conjointement une demande de divorce auprès du bureau de l’état civil ; celui-ci réceptionne les documents. Le mariage n’est pas encore dissous à ce stade.

Deuxième étape : Délai de réflexion de 30 jours

Dans les 30 jours suivant la réception de la demande, l’un ou l’autre des époux peut retirer sa demande unilatéralement, sans le consentement de l’autre. Pendant ces 30 jours, les deux époux sont toujours mariés aux yeux de la loi.

Troisième étape : Retrait du certificat dans les 30 jours suivants

À l’expiration du délai de réflexion, les deux époux doivent se présenter conjointement au bureau de l’état civil dans les 30 jours suivants pour retirer le certificat de divorce. Si ce délai est dépassé, la demande est réputée retirée d’office et la procédure doit être recommencée à zéro.

Quatrième étape : Délivrance du certificat de divorce

Le mariage n’est formellement dissous qu’à compter du jour où le bureau de l’état civil approuve et délivre le certificat de divorce.

Exemple de risque concret :

M. Wang et son ex-conjoint ont déposé une demande de divorce par consentement mutuel auprès du bureau de l’état civil en mars 2024, mais ont quitté la Chine pour le Canada avant d’obtenir le certificat. En septembre 2024, M. Wang s’est marié avec un nouveau partenaire au Québec. À son insu, l’ex-conjoint ne s’était pas présenté pour retirer le certificat après l’expiration du délai de 30 jours, de sorte que la demande avait été automatiquement annulée et les deux époux demeuraient mariés en droit chinois. Le mariage de M. Wang au Canada constitue une bigamie.

Les jalons du divorce judiciaire (par décision de justice) sont tout aussi susceptibles d’être mal interprétés

Le divorce judiciaire comporte également des pièges temporels. Un jugement de divorce en première instance ne dissout pas immédiatement le mariage — le lien matrimonial n’est dissous qu’à l’expiration du délai d’appel (généralement 15 jours) sans qu’aucune partie n’ait interjeté appel, ou lorsque la décision rendue en appel confirmant le divorce est passée en force de chose jugée. Si une partie a interjeté appel, le mariage subsiste.

Note de l’Équipe de recherche juridique SiLaw : La seule preuve fiable de votre divorce en Chine est l’original du certificat de divorce (离婚证) (divorce par consentement mutuel) ou un jugement/une décision de médiation passé(e) en force de chose jugée (divorce judiciaire). Avant de déclarer votre état matrimonial à tout organisme canadien, assurez-vous de détenir l’un de ces documents.

III. Les deux voies de divorce en Chine — Comparaison détaillée

Critère de comparaison Divorce par consentement mutuel (enregistrement) Divorce judiciaire (par décision de justice)
Base juridique Code civil, art. 1076-1078 Code civil, art. 1079-1080
Cas d’application Les deux parties consentent au divorce et s’entendent sur la garde des enfants et le partage des biens L’une des parties refuse le divorce ou les parties ne s’entendent pas sur les conditions
Autorité compétente Bureau de l’état civil (民政局) Tribunal populaire
Délai de réflexion Oui : délai de réflexion de 30 jours + délai de retrait du certificat de 30 jours (depuis 2021) Pas de délai de réflexion ; mais délai d’appel de 15 jours
Durée minimale Au minimum environ 60 jours (deux périodes de 30 jours) Plusieurs mois à plusieurs années (selon le calendrier du tribunal et les appels éventuels)
Document attestant l’entrée en vigueur Certificat de divorce (离婚证) délivré par le bureau de l’état civil Jugement/décision de médiation passé(e) en force de chose jugée (portant le cachet d’entrée en vigueur du tribunal)
Date d’entrée en vigueur Jour du retrait du certificat de divorce Date d’entrée en vigueur du jugement (expiration du délai d’appel sans appel, ou date de la décision définitive)
Présence simultanée des deux parties Oui — les deux parties doivent se présenter en personne pour la demande et le retrait du certificat Le demandeur doit comparaître ; le défendeur peut être jugé par défaut (sous certaines conditions)
Possibilité de procéder depuis le Canada Nécessite un retour en Chine ou une procuration (uniquement pour certaines étapes) Peut se faire par l’entremise d’un avocat ; le jugement rendu en Chine peut être reconnu au Canada
Exigences de certification au Canada Le certificat de divorce doit être notarié par un notaire chinois + authentifié par le ministère des Affaires étrangères + apostillé ou légalisé par l’ambassade du Canada (voir ci-après) Le jugement doit être certifié par le tribunal + notarié + soumis à la même chaîne d’authentification
Pièges courants Retrait unilatéral pendant le délai de réflexion ; annulation automatique pour non-retrait du certificat dans le délai imparti Jugement de première instance accordant le divorce — remariage pendant le délai d’appel — appel accueilli — mariage non dissous

IV. Comment le Canada reconnaît-il un divorce prononcé en Chine ? Analyse des « pièges de reconnaissance »

Normes juridiques canadiennes de reconnaissance des divorces étrangers

La common law canadienne a établi trois conditions fondamentales pour la reconnaissance d’un divorce étranger :

  1. Le divorce est valide en droit, tant sur le plan procédural que sur le fond, dans le pays où il a été prononcé ;
  2. Au moment du divorce, l’un des époux ou les deux avaient leur résidence habituelle (habitual residence) dans ce pays, ou y avaient un lien réel et substantiel (real and substantial connection) ;
  3. Le divorce n’a pas été obtenu frauduleusement (par exemple, en falsifiant des documents ou en déclarant faussement la situation matrimoniale).

Dès lors que ces trois conditions sont remplies, un divorce prononcé en Chine sera généralement reconnu au Canada. La question n’est généralement pas de savoir « si le divorce chinois sera reconnu », mais bien de savoir si la partie peut démontrer de façon suffisante que le divorce est intervenu.

Les « pièges de reconnaissance » : situations où le Canada peut ne pas reconnaître un divorce étranger

Dans les situations suivantes, le prétendu « divorce » peut ne pas être reconnu par le droit canadien, laissant la partie dans une situation de mariage subsistant en droit canadien :

Piège 1 : Dissolution religieuse (Religious Dissolution)

Dans certaines familles musulmanes, un homme peut prononcer le divorce oralement par le biais du « talaq » (塔拉克) ou obtenir un certificat de divorce délivré par une instance d’arbitrage religieux. Si ce type de divorce n’a d’effet que sur le plan religieux et n’a pas été enregistré dans le cadre d’une procédure civile étatique, le Canada ne le reconnaîtra pas.

Piège 2 : Divorce unilatéral à l’étranger

La partie obtient seule un jugement de divorce dans un pays tiers (par exemple, certains pays du Moyen-Orient) à l’insu de l’autre partie, sans que celle-ci y ait participé ou en ait été notifiée. Si ce divorce viole les principes de justice naturelle (natural justice), un tribunal canadien peut refuser de le reconnaître.

Piège 3 : Procédure de divorce en Chine non finalisée

Comme indiqué ci-dessus, si la demande de divorce en Chine a été retirée en cours de route, si l’une des parties s’est rétractée pendant le délai de réflexion, ou si des vices de procédure ont empêché l’enregistrement du divorce, celui-ci n’est pas entré en vigueur et le Canada ne le reconnaîtra pas.

Piège 4 : Accord sans enregistrement

Les deux parties ont signé un accord de divorce (parfois même sous forme authentique devant notaire), mais n’ont jamais déposé de demande auprès du bureau de l’état civil et n’ont jamais retiré le certificat de divorce. L’accord en lui-même ne produit aucun effet juridique de dissolution du mariage — quelle qu’en soit la précision.

Exigences de certification du certificat de divorce chinois (IRCC et Direction de l’état civil du Québec)

Lors du dépôt d’une demande d’immigration auprès de l’IRCC ou d’une déclaration de statut matrimonial auprès de la Direction de l’état civil du Québec (DEC), le certificat de divorce chinois doit faire l’objet d’une chaîne complète d’authentification :

Procédure antérieure à 2023 (chaîne d’authentification traditionnelle) :

Notarisation par un notaire public chinois → Authentification par le ministère des Affaires étrangères de Chine → Légalisation consulaire par l’ambassade/le consulat du Canada en Chine → Authentification par Affaires mondiales Canada

Depuis 2023 (adhésion de la Chine à la Convention de La Haye sur l’apostille) :

Depuis le 7 novembre 2023, la Chine a adhéré à la Convention de La Haye supprimant l’exigence de la légalisation des actes publics étrangers (Convention Apostille). Les documents publics délivrés par la Chine peuvent désormais être directement munis d’une « apostille » (海牙认证书, Hǎiyá rènzhèng shū), ce qui supprime la nécessité d’une légalisation consulaire par l’ambassade du Canada, simplifiant considérablement la procédure. Les organismes de certification spécifiques et les documents requis doivent cependant être vérifiés au cas par cas.

Remarque importante : Quelle que soit la voie choisie, les documents en chinois doivent être accompagnés d’une traduction intégrale en anglais ou en français établie par un traducteur agréé (le Québec exige un membre de l’OTTIAQ), assortie d’une déclaration sous serment du traducteur.

Avertissement : L’IRCC et la Direction de l’état civil du Québec n’acceptent pas les originaux ou les photocopies non certifiés. Si vous ne détenez qu’une copie numérisée ou une photocopie ordinaire de votre certificat de divorce chinois, ce document n’a aucune valeur probante auprès des autorités canadiennes — c’est comme si vous ne fournissiez aucune preuve de divorce.

V. Polygamie transnationale et droit canadien de l’immigration — La logique d’exclusion de l’art. 2(2) du RIPR

Légalité de la polygamie dans le pays d’origine ne signifie pas reconnaissance au Canada

Certains pays musulmans, certains pays africains et d’autres régions autorisent juridiquement un homme à avoir plusieurs épouses simultanément. Ces mariages polygames sont protégés par le droit national de leur pays d’origine et leurs parties n’ont commis aucun crime. Cependant, dès lors qu’il est question d’immigration au Canada, la situation change radicalement.

Art. 2(2) du RIPR — Le principe monogame dans la définition du conjoint

Le Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (Immigration and Refugee Protection Regulations, RIPR), art. 2(2), dispose que, lorsqu’il existe plusieurs unions matrimoniales simultanées, seul le conjoint entretenant une relation matrimoniale exclusive avec le répondant au Canada (c’est-à-dire l’unique lien matrimonial) peut être reconnu comme « conjoint ». En d’autres termes, si un homme est simultanément marié à A et à B dans son pays d’origine, ni A ni B ne peuvent être reconnus simultanément comme conjoint au sens juridique dans le cadre d’une demande d’immigration au Canada.

Conséquences pratiques :

  • Si l’époux souhaite parrainer sa « deuxième épouse » au Canada à titre de conjoint, cette demande sera rejetée ;
  • Même si la première épouse est décédée ou si le divorce a été prononcé, si le mariage du mari avec la deuxième épouse constituait une union polygame au moment de sa conclusion, la reconnaissance de cette relation peut toujours être remise en question ;
  • Conformément à l’arrêt Farenas c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2011 CF 660, rendu par la Cour fédérale, même si la partie est subjectivement convaincue que son premier mariage était nul, le fait objectif de la bigamie peut entraîner une conclusion d’interdiction de territoire pour criminalité.

Art. 117(9)(c)(i) du RIPR — Clause d’exclusion polygame dans les demandes de parrainage

L’article 117(9)(c)(i) du règlement précise en outre que, si le répondant ou le conjoint parrainé était uni par les liens du mariage à une tierce personne au moment de la conclusion du mariage en cause, le conjoint parrainé n’appartient pas à la catégorie du regroupement familial et la demande de parrainage ne peut être approuvée.

L’application de cette disposition ne dépend nullement de l’intention subjective des parties — peu importe que le répondant « savait » ou « croyait » que l’autre mariage avait pris fin ; si objectivement une situation de polygamie existe, le parrainage échoue.

VI. Mariage nul (Void ab initio) et mariage annulable (Voidable) — Des conséquences juridiques radicalement différentes

Mariage nul : nul de plein droit, comme s’il n’avait jamais existé

Au Canada, le mariage subséquent résultant d’une bigamie est un mariage nul (void marriage), dont la nature juridique est celle d’une nullité ab initio (void ab initio) — c’est-à-dire que ce mariage n’a jamais existé en droit ; aucune ordonnance judiciaire ni aucune procédure d’annulation n’est nécessaire pour en constater la nullité.

Les trois principales conséquences juridiques du mariage nul :

1. Droits patrimoniaux

En principe, le mariage nul ne crée pas de communauté de biens. Cependant, le droit de chaque province canadienne a apporté des nuances à ce principe. La Cour d’appel de la Colombie-Britannique a confirmé, dans une décision importante, que la Family Law Act pouvait s’appliquer à un mariage nul et que l’époux de bonne foi (bona fide spouse — celui qui ignorait la nullité du mariage) avait le droit de revendiquer le partage des biens et une pension alimentaire entre époux. Les pratiques judiciaires en Ontario et au Québec reconnaissent également des mécanismes similaires de réparation en equity.

2. Statut légal des enfants (Legitimacy)

Quelles que soient la validité ou la nullité du mariage, le statut juridique des enfants nés de cette union n’est pas affecté par la validité du mariage. Les enfants jouissent de tous leurs droits à l’égard de leurs deux parents biologiques, et ces derniers ont tous les deux l’obligation d’entretenir leurs enfants — ces droits et obligations sont indépendants de la validité du mariage.

3. Pension alimentaire entre époux

Pour l’époux de bonne foi, un tribunal peut, sur le fondement de principes d’equity (unjust enrichment / constructive trust) ou de la reconnaissance d’une relation analogue à un mariage, ordonner à l’autre partie de verser une pension alimentaire. La partie bigame ne peut invoquer la nullité du mariage pour se soustraire à son obligation alimentaire.

Mariage annulable : pleinement valide jusqu’à son annulation

Contrairement au mariage nul, un mariage annulable (voidable marriage) produit pleinement ses effets jusqu’à ce qu’une partie en demande et obtienne l’annulation formelle (annulment) par décision judiciaire. Les causes les plus courantes d’annulabilité sont : l’incapacité à contracter mariage, la contrainte ou la tromperie sur un fait essentiel au moment du mariage.

Conséquence juridique Mariage nul (Void ab initio) Mariage annulable (Voidable)
Ordonnance judiciaire nécessaire pour y mettre fin Non — nul de plein droit Oui — doit faire l’objet d’une demande d’annulation
Biens acquis avant/pendant le mariage En principe, pas de communauté de biens ; l’époux de bonne foi peut demander une réparation en equity Pleinement soumis au droit provincial de la famille
Obligation alimentaire envers les enfants Non affectée — les deux parents y sont tenus Non affectée
Pension alimentaire entre époux L’époux de bonne foi peut la revendiquer sur le fondement de l’equity Pleinement soumis au droit alimentaire
Responsabilité pénale Oui — la partie bigame est passible des peines prévues aux §290-291 Dépend des circonstances
Conséquences en droit de l’immigration Oui — rejet de la demande de parrainage ; interdiction de territoire pour criminalité ; interdiction de 5 ans Dépend du type de demande
Causes typiques Bigamie ; mariage contracté alors que l’un des époux n’était pas divorcé Incapacité au moment du mariage ; contrainte ; fraude

VII. Article 40 de la LIPR — Dissimuler un mariage antérieur constitue une fraude en immigration

Disposition légale et champ d’application

L’article 40(1)(a) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (Immigration and Refugee Protection Act, LIPR) dispose :

> Le résident permanent ou l’étranger qui, directement ou indirectement, fait une présentation erronée sur un fait important quant à un objet pertinent, ou une réticence sur ce fait, ce qui entraîne ou risque d’entraîner une erreur dans l’application de la présente loi, est interdit de territoire.

La qualification de « fausse déclaration » (misrepresentation) ne suppose pas d’intention frauduleuse subjective — l’omission par négligence (negligent non-disclosure) constitue également une infraction à l’article 40.

Obligation de déclarer les mariages et divorces antérieurs

Dans toute demande d’immigration portant sur l’état matrimonial — notamment le parrainage d’un époux ou d’un partenaire conjugal (formulaire IMM 5533), la demande de résidence permanente ou la demande de citoyenneté — le demandeur est tenu de déclarer honnêtement tous ses mariages antérieurs, qu’ils aient été contractés au Canada ou non, et qu’il considère ou non que ces mariages ont « pris fin naturellement ».

Les situations à risque les plus courantes sont les suivantes :

  • Croire que le divorce est prononcé en Chine alors que la procédure n’est pas finalisée (par exemple, retrait pendant le délai de réflexion, refus d’acceptation par le tribunal), et déclarer son état civil comme « célibataire » ou « divorcé(e) » ;
  • Avoir contracté un mariage de courte durée (quelques mois), considérer subjectivement qu’il est « sans importance » ou « sans rapport avec le conjoint actuel » et ne pas le déclarer ;
  • Un premier mariage a été « dissous » selon un rite religieux, mais n’a jamais fait l’objet d’un divorce formel en droit chinois, et déclarer son état civil comme « célibataire » ;
  • Dans le cadre d’un parrainage de conjoint, dissimuler les mariages antérieurs du conjoint dans son pays d’origine (l’historique matrimonial du parrainé doit également être déclaré).

Conséquences d’une infraction : interdiction de 5 ans, révocation du statut de RP, poursuites pénales

L’article 40(2)(a) de la LIPR prévoit que la personne déclarée interdite de territoire pour fausse déclaration demeure interdite de territoire pendant 5 ans à compter de la décision définitive. Les conséquences concrètes sont les suivantes :

Premier niveau : Interdiction d’immigration de 5 ans

Pendant ces 5 ans, il est impossible de demander le statut de résident permanent, le statut de résident temporaire ou toute autorisation d’entrer au Canada. Les demandes de parrainage et de permis de travail en cours sont toutes vouées à l’échec.

Deuxième niveau : Révocation du statut de résident permanent

Si la personne a déjà obtenu le statut de résident permanent, le ministère peut engager une procédure de révocation du statut de RP, dont l’issue est l’expulsion du Canada.

Troisième niveau : Rejet ou révocation de la citoyenneté

Si la personne a déjà déposé une demande de citoyenneté, celle-ci sera directement rejetée ; si elle a déjà obtenu la citoyenneté, celle-ci risque d’être révoquée en vertu de l’article 10(1) de la Loi sur la citoyenneté.

Quatrième niveau : Poursuites pénales

Dans les cas graves (par exemple, falsification de preuves de divorce, soumission de fausses déclarations sous serment), la personne s’expose en outre à des poursuites pour fraude criminelle.

Avertissement important : L’IRCC n’accepte pas « je croyais que nous étions divorcés » comme moyen d’exonération. La bonne foi ne suffit pas à écarter la responsabilité pour fausse déclaration au titre de l’article 40 de la LIPR — ce point a été confirmé dans plusieurs arrêts de la Cour fédérale. Avant de déposer toute demande d’immigration, faites vérifier votre état matrimonial par un avocat qualifié.

VIII. Comment régulariser une situation matrimoniale transfrontalière — Démarches pratiques

Si vous constatez que votre mariage en Chine n’a pas été formellement dissous ou que votre situation matrimoniale est problématique dans le cadre d’une demande d’immigration, procédez de manière systématique selon les étapes suivantes :

Étape 1 : Vérifier si le mariage en Chine a été légalement dissous

  • Divorce par consentement mutuel : Vérifiez si vous détenez l’original du certificat de divorce (离婚证) délivré par le bureau de l’état civil (ou une copie certifiée conforme). Si vous n’avez qu’un accord de divorce ou des échanges de messages, le mariage n’est très probablement pas encore dissous.
  • Divorce judiciaire : Vérifiez si vous détenez le jugement/la décision de médiation portant le cachet d’entrée en vigueur du tribunal. Un jugement de première instance n’entre pas en vigueur avant l’expiration du délai d’appel ; vous devez vous assurer que le délai de 15 jours est écoulé sans qu’aucun appel n’ait été formé, ou que vous disposez d’une décision définitive.

Étape 2 : Régulariser la procédure de divorce en Chine

Si le mariage n’a effectivement pas encore été formellement dissous, il vous faut retourner en Chine (ou mandater un avocat en Chine, selon les circonstances) pour compléter la procédure de divorce :

  • Divorce par consentement mutuel : Vous et votre ex-conjoint devez vous présenter conjointement au bureau de l’état civil local pour accomplir toutes les étapes : demande, délai de réflexion et retrait du certificat ;
  • Divorce judiciaire : Si l’autre partie refuse de coopérer, vous pouvez intenter une action en divorce devant un tribunal chinois ; les parties résidant au Canada peuvent mandater un avocat chinois pour les représenter et, le cas échéant, prêter serment par procédure notariale par vidéoconférence à l’ambassade.

Étape 3 : Certifier les documents prouvant le divorce

Le certificat de divorce (ou le jugement) doit faire l’objet d’une chaîne complète d’authentification avant d’être soumis aux autorités canadiennes :

  1. Obtenir une copie certifiée conforme du certificat de divorce auprès d’un notaire public chinois ;
  2. Faire authentifier le cachet du notaire par le ministère de la Justice de Chine (ou le ministère des Affaires étrangères, selon le type de document) ;
  3. Demander une apostille (depuis le 7 novembre 2023, applicable aux documents publics chinois) ou la légalisation consulaire par l’ambassade/le consulat du Canada en Chine ;
  4. Faire établir par un traducteur agréé (au Québec, membre de l’OTTIAQ) une traduction intégrale et assermentée en anglais ou en français ;
  5. La traduction doit être accompagnée de la déclaration sous serment du traducteur.

Étape 4 : Mettre à jour le dossier auprès de l’IRCC

Si vous avez déjà déposé ou êtes en train de traiter une demande de parrainage, une demande de résidence permanente ou une demande de citoyenneté, et que vous n’avez pas déclaré votre situation matrimoniale de façon complète, vous devez prendre immédiatement les mesures suivantes :

  • Si la demande est encore en traitement : soumettre à l’IRCC une lettre de mise à jour (Update Letter) accompagnée du certificat de divorce certifié et des informations rectifiées. La différence entre une correction volontaire et une découverte lors d’une enquête est considérable.
  • Si la demande a déjà été approuvée mais que les informations sont inexactes : consultez dès que possible un avocat spécialisé en immigration pour évaluer s’il convient de procéder à une déclaration et une rectification volontaires afin de réduire le risque de poursuites ultérieures.

Étape 5 : Obtenir un avis juridique avant de contracter mariage au Canada

Après avoir confirmé que le mariage en Chine a été légalement dissous et que les pièces justificatives sont dûment certifiées, si vous souhaitez vous marier au Canada :

  • Au Québec : Vérifiez l’absence d’empêchement au mariage auprès du Directeur de l’état civil, et fournissez les pièces de divorce certifiées au notaire ou au célébrant chargé de la cérémonie ;
  • Dans les autres provinces : Renseignez-vous auprès de l’autorité provinciale chargée de l’enregistrement des mariages sur les documents requis — ceux-ci comprennent généralement des preuves de divorce étranger certifiées.

IX. Scénarios de risque typiques — Situations réelles auxquelles font face les immigrants d’origine chinoise

Les scénarios suivants sont représentatifs de la réalité de la communauté immigrante d’origine chinoise et ne constituent pas des cas isolés :

Scénario A : Séparé depuis des années, croyant être divorcé

M. Li s’est séparé de son ex-épouse en 2015 ; les deux parties ont convenu oralement de « vivre chacun de leur côté ». M. Li a émigré au Canada en 2020 et s’est marié légalement à Toronto avec un nouveau partenaire en 2022. Lors d’une demande de parrainage en 2024, l’IRCC a exigé une preuve de divorce du premier mariage. En retournant en Chine, M. Li a découvert que son ex-épouse n’avait jamais accompli la moindre démarche de divorce, et que les deux époux étaient toujours mariés en droit chinois. Son mariage au Canada constitue une bigamie ; sa demande de parrainage a été rejetée et il fait l’objet d’une enquête pénale.

Scénario B : Croire que le jugement de première instance équivaut à un divorce

En 2019, Mme Zhang a intenté une action en divorce devant un tribunal de Shanghai, qui a rendu un jugement accordant le divorce en première instance. Mme Zhang a cru que le divorce était prononcé et s’est mariée avec un nouveau partenaire au Canada en 2020. Or, son ex-mari a interjeté appel dans le délai de 15 jours, et le jugement d’appel a infirmé le divorce en première instance. À son insu, le mariage de Mme Zhang au Canada constituait déjà une bigamie.

Scénario C : La dissolution religieuse n’a pas d’effet juridique

M. Chen, originaire d’un pays du Moyen-Orient et naturalisé canadien, avait vu son premier mariage dissous selon une procédure religieuse dans son pays d’origine ; les deux parties considéraient le mariage terminé. M. Chen n’a déclaré ce mariage à aucune autorité canadienne et a indiqué « célibataire » dans sa demande de citoyenneté. L’IRCC a découvert l’existence de ce mariage lors d’une vérification des antécédents, a conclu à une fausse déclaration et a annulé la demande de citoyenneté de M. Chen.

Scénario D : Le parrainage d’une famille polygame bloqué

M. Wang, ressortissant d’un pays autorisant la polygamie, avait légalement épousé deux femmes dans son pays d’origine. Après son arrivée au Canada, il a soumis une demande de parrainage dans la catégorie du regroupement familial avec la « deuxième épouse » comme personne parrainée. L’IRCC a rejeté la demande sur le fondement de l’art. 2(2) et de l’art. 117(9)(c) du RIPR, au motif que la deuxième épouse était partie à un mariage polygame au moment de la conclusion de ce mariage et n’appartenait donc pas à la catégorie du regroupement familial.

X. Foire aux questions (FAQ)

Q1 : Comment savoir si mon divorce en Chine est réellement prononcé ?

R : La seule méthode fiable est de vérifier si vous détenez l’un des documents suivants : (1) le certificat de divorce (离婚证) délivré par le bureau de l’état civil (divorce par consentement mutuel) ; (2) le jugement de divorce ou la décision de médiation portant le cachet d’entrée en vigueur du tribunal (divorce judiciaire). En cas de doute, vous pouvez vous rendre au bureau de l’état civil de l’arrondissement ou du comté où le mariage a été enregistré et y vérifier les informations d’état civil en présentant votre pièce d’identité. En Chine, les informations relatives à l’état civil peuvent être consultées via la « Plateforme nationale de recherche d’informations sur l’enregistrement des mariages » (actuellement accessible depuis la Chine uniquement). Depuis le Canada, vous pouvez contacter l’ambassade ou le consulat de Chine au Canada pour vous renseigner sur les voies de vérification à distance.

Q2 : Mon ex-conjoint et moi avons signé un accord de divorce en Chine, mais nous ne sommes pas allés au bureau de l’état civil — sommes-nous divorcés ?

R : Non. En vertu des articles 1076 à 1078 du Code civil, le divorce par consentement mutuel requiert le dépôt d’une demande auprès du bureau de l’état civil, le respect du délai de réflexion, puis le retrait conjoint du certificat de divorce par les deux parties — l’absence de l’une de ces étapes prive la procédure de tout effet juridique de divorce. Le seul accord de divorce, quel que soit son degré de détail, n’équivaut pas à un divorce tant en droit chinois qu’en droit canadien.

Q3 : Nous vivons au Canada depuis 10 ans et sommes effectivement séparés — le Canada considèrera-t-il que notre séparation a dissous le mariage contracté en Chine ?

R : Non. Le droit canadien ne reconnaît pas que la simple séparation de fait peut automatiquement dissoudre un mariage. Au Canada, même en cas de séparation, le mariage ne peut être dissous que par une procédure légale de divorce (la Loi sur le divorce fédérale exige une séparation d’un an avant de pouvoir demander une ordonnance de divorce à un tribunal). Le mariage contracté en Chine doit être formellement dissous selon le droit chinois ; la séparation de fait au Canada n’a aucune incidence sur la validité du mariage chinois.

Q4 : Je me suis déjà remarié(e) au Canada — que dois-je faire maintenant ?

R : La gravité de la situation dépend de votre connaissance effective ou présumée de la subsistance du premier mariage. Si vous ignoriez réellement que le mariage en Chine n’avait pas été dissous, il s’agit d’un moyen de défense invocable dans le cadre de poursuites pénales (absence d’intention coupable, mens rea) ; mais en droit de l’immigration, la « bonne foi » ne suffit pas à écarter la responsabilité pour fausse déclaration au titre de l’article 40 de la LIPR. Dans cette situation, vous devriez : (1) mandater immédiatement un avocat pénaliste et un avocat spécialisé en immigration pour évaluer les risques respectifs ; (2) régulariser dès que possible la procédure de divorce en Chine et obtenir la certification des documents ; (3) décider avec l’assistance de votre avocat si et comment corriger volontairement les informations soumises à l’IRCC. Ne tentez pas de gérer la situation seul(e) ou de continuer à dissimuler la vérité, au risque d’aggraver votre cas.

Q5 : Un mariage polygame légal dans le pays d’origine constitue-t-il une infraction pénale au Canada ?

R : Pour les personnes ayant contracté un mariage polygame légal dans leur pays d’origine avant d’immigrer au Canada, la question de savoir si leur situation polygame préexistante déclenche l’application de l’article 293 fait l’objet d’une certaine incertitude jurisprudentielle. Cependant, si une union polygame est maintenue sur le territoire canadien, ou si une cérémonie de mariage polygame est célébrée au Canada, l’article 293 s’applique sans ambiguïté. Par ailleurs, même si la polygamie est légale dans le pays d’origine, la « deuxième épouse et les suivantes » ne peuvent obtenir le statut de conjoint dans le cadre d’une demande d’immigration au Canada et tout parrainage sera rejeté.

Q6 : La procédure de divorce en Chine n’est pas encore terminée et je vis au Canada — puis-je demander le divorce au Canada d’abord ?

R : Oui, sous certaines conditions. En vertu de la Loi sur le divorce fédérale (Divorce Act, LRC 1985, ch. 3), le demandeur doit avoir résidé habituellement dans une province canadienne pendant au moins un an pour pouvoir y introduire une demande de divorce. Si cette condition de résidence est remplie, un tribunal canadien peut exercer sa compétence sur ce mariage contracté en Chine et rendre une ordonnance de divorce indépendamment de la procédure chinoise. Notez cependant que des procédures parallèles dans deux juridictions peuvent engendrer des conflits de compétence complexes ; il est conseillé de procéder avec l’assistance d’un avocat.

Q7 : Mon mariage au Canada est qualifié de « bigamie » — quelle est l’incidence sur les enfants nés de cette union ?

R : Le statut juridique des enfants n’est absolument pas affecté. Le droit de la famille canadien précise clairement que la validité du mariage des parents n’influe pas sur le statut légal des enfants. Les enfants jouissent de l’intégralité de leurs droits juridiques à l’égard de leurs deux parents biologiques, notamment le droit aux aliments, le droit de visite et les droits successoraux. Les deux parents sont également tenus de toutes leurs obligations légales envers les enfants, indépendamment de la validité du mariage.

Références juridiques

Législation canadienne :

Code criminel, LRC 1985, ch. C-46, art. 290 (Bigamie), 291 (Peine), 293 (Polygamie) — laws-lois.justice.gc.ca

Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, LC 2001, ch. 27, art. 40 (Fausse déclaration) — laws-lois.justice.gc.ca

Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés, DORS/2002-227, art. 2(2) (Définition du conjoint), art. 117(9)(c)(i) (Exclusion de la catégorie du regroupement familial) — laws-lois.justice.gc.ca

Loi sur le divorce, LRC 1985, ch. 3 (Conditions de résidence, compétence pour rendre l’ordonnance de divorce)

Législation chinoise :

Code civil de la République populaire de Chine, art. 1076 (Divorce par consentement mutuel), art. 1077 (Délai de réflexion avant divorce), art. 1078 (Rôle de l’autorité d’enregistrement), art. 1079 (Divorce judiciaire), art. 1080 (Date de dissolution du lien matrimonial) — en vigueur depuis le 1er janvier 2021

Interprétation de la Cour suprême populaire relative à l’application du Livre sur le mariage et la famille du Code civil de la République populaire de Chine (I)

Jurisprudence :

Farenas c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2011 CF 660 (Cour fédérale — bigamie à l’étranger et interdiction de territoire pour criminalité)

Ali c. Canada (Ministre de la Citoyenneté & de l’Immigration), [1998] (Rejet d’une demande de parrainage pour cause de polygamie)

Cour d’appel de la Colombie-Britannique (mariage nul ab initio — application de la Family Law Act aux réclamations patrimoniales)

Ressources officielles :

IRCC — Traitement des membres de la catégorie du regroupement familial (Manuel OP 2) — canada.ca

Affaires mondiales Canada — Authentification de documents et Apostille — international.gc.ca

Directeur de l’état civil du Québec — Avant la cérémonie de mariage civil — quebec.ca

Settlement.org — Mon divorce étranger sera-t-il reconnu au Canada ? — settlement.org

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Ce billet a été rédigé par l’Équipe de recherche juridique SiLaw à titre d’information juridique générale uniquement et ne constitue pas un avis juridique spécifique. Chaque situation étant différente, veuillez consulter un avocat ou un juriste autorisé pour obtenir des conseils professionnels adaptés à votre situation particulière.

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